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[Jean-Marc Viret/ Amnesty]

Karam, le Syrien qui casse les préjugés sur le niveau d’études des réfugiés

Karam fait partie des quelques milliers de réfugiés qui résident aujourd’hui en France. Papa de 2 petites filles, ce jeune syrien s’est vu dans l’obligation de fuir son pays où il devient de plus en plus difficile de survivre. Arrivé en France en janvier 2016 juste après avoir reçu son diplôme en médecine, il recherche aujourd’hui ici « n’importe quel travail » afin de subvenir aux besoins de sa famille en attendant que son diplôme lui soit envoyé de Syrie.

Découvrez son témoignage bouleversant qui vient casser tous les préjugés qui poussent à croire que les réfugiés ont souvent un niveau d’études très faible voire même inexistant.

Il témoigne :

« Le 5 janvier 2016, j’ai dû quitter la Syrie pour la France alors que je venais de réussir mes examens de médecine. Un an plus tard, j’attends toujours de recevoir mon diplôme, dans l’espoir d’être docteur ici un jour. J’étais en deuxième année de médecine quand la guerre a commencé. J’ai rapidement décidé d’aider le Croissant-Rouge en accompagnant des docteurs pour des soins de premiers secours. Puis j’ai dû quitter ma ville, Deir ez-Zor, quand elle a été assiégée par Daech. Nous pensions que, comme à chaque combat, ça irait mieux dans un mois, et que nous allions revenir vite. Mais la situation a duré, et s’est empirée. Quand j’étais en quatrième année d’études, l’armée a repris trois quartiers de la ville où j’étais avec ma mère. J’ai dû emménager chez ma tante, qui avait une maison là-bas, du côté contrôlé par le gouvernement. Rester du côté rebelle était mal vu : des professeurs, des banquiers ont dû quitter leur logement, sinon le gouvernement allait les priver de leur salaire.

Les rebelles ont un jour attaqué ces trois quartiers, avant que le régime ne réponde à son tour. Régulièrement, les bombes blessaient des civiles. Nous aidions dès que possible les blessés, en plus des personnes souffrant de maladies chroniques, d’asthme, d’hypertension, d’allergies, auxquelles nous distribuions des médicaments avec le Croissant-Rouge. Durant deux ans, j’étais bénévole au Croissant-Rouge en plus de mes études de médecine.

En cinquième année, je me suis rendu à l’hôpital national pour demander à faire un stage. Il n’y avait plus beaucoup de docteurs, alors je suis bien tombé. Ils ont accepté que je suive le service de gynécologie pendant un mois, puis de cardiologue. Cela m’a beaucoup formé, mais j’y ai aussi vu des scènes traumatisantes. En août 2015, j’ai dit à ma femme et à ma fille d’aller à Damas car la situation en ville devenait très dure : il n’y avait pas de nourriture, pas d’eau, pas d’électricité.

J’ai passé l’examen un mois plus tard, et je l’ai loupé. En novembre, j’ai dû prendre un avion militaire pour le repasser, car la ville était encerclée, et je l’ai finalement réussi. Mais aujourd’hui, j’attends toujours de recevoir mon diplôme. Les employés des administrations ne sont plus si nombreux en Syrie. Mon certificat doit par ailleurs être transmis à Damas, ce qui est très compliqué : c’est désormais impossible par avion, car l’aéroport a été attaqué. J’attends donc que mon cousin, qui habite Damas, puisse récupérer mon diplôme pour me l’envoyer. Peu après avoir passé mon examen, j’ai été contraint de quitter le pays, où je risquais de me faire tuer chaque jour. Direction la Turquie, puis la Grèce, avant que la France n’accepte de m’accueillir en tant que réfugié le 20 avril 2016.

À mon arrivée en France, j’ai d’abord travaillé dans une usine de tissus, à Gérardmer. Mais j’ai dû arrêter car les cours de français avec l’Office français de l’immigration et de l’intégration (Offi) me prenaient beaucoup de temps. Il n’y a pas longtemps, j’ai déménagé à Épinal avec ma femme et mes deux filles – la deuxième est née en France. Je me suis inscrit dans une boîte d’intérim dans l’espoir de trouver du travail. N’importe lequel.

Je suis également bénévole à la Croix Rouge un jour par semaine. Je ne supporte pas de rester sans rien faire. Aujourd’hui, j’espère recevoir rapidement mon diplôme afin de trouver un poste d’interne et pouvoir enfin exercer en France ce métier pour lequel j’ai été formé dans mon pays. »

Témoignage recueilli et traduit par Rozenn Le Carboulec

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