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Ziad Medoukh

[Interview] – À la rencontre de Ziad Medoukh, une référence palestinienne

Ziad Medoukh est devenu une référence et une source en matière d’informations palestiniennes venues directement de la Palestine. Il devient de plus en plus connu grâce à ses émissions radios qui sont de plus en plus écoutées et suivies. Pour vous, nous avons décidé d’interviewer M. Medoukh et de vous livrer ses magnifiques réponses pleines d’espoir, à l’image du peuple qu’il représente.

 

M. Medoukh, nous savons que vous êtes un professeur de français exerçant votre métier à l’université d’Al Aqsa. Pouvez-vous nous parler davantage de vous-même ? (depuis quand exercez votre profession, votre parcours, où avez-vous fait vos études…)

– Je suis professeur de français et directeur du département de français à l’université Al-Aqsa de Gaza depuis 10 ans, j’ai fait mes études en Algérie et en France, je suis un simple citoyen palestinien qui lutte par sa plume pour la liberté de son peuple.

 

En luttant par votre plume, vous êtes devenu une source d’information pour beaucoup de personnes en France et êtes suivi par près de 5 000 personnes. Comment en êtes-vous arrivé là ?

– J’utilise ma langue française pour informer les personnes francophones sur la situation à Gaza et en Palestine, j’essaye de témoigner et fournir des informations sur notre souffrance, je fais mon devoir, je profite des réseaux sociaux pour élargir la solidarité avec la cause de justice la cause palestinienne.

 

En tant que Gazaoui (vivant sur place), pouvez-vous nous décrire la situation actuelle de Gaza en quelques mots ?

– Blocus israélien maintenu. Frontières fermées. Souffrance permanente. Agressions israéliennes au quotidien. Chômage qui atteint 70% de la population civile. Absence de perspectives. Mais volonté, patience, résistance et espoir.

 

Comme nous le savons tous, l’été 2014 a été un été sanglant pour les Gazaouis. Y a-t-il des dispositifs spécifiques qui ont été mis en place depuis, pour renforcer la sécurité ou multiplier les aides humanitaires par exemple ? Si oui, avez-vous noté une réelle amélioration de vos conditions de vie ?

– Rien n’a changé à Gaza. La situation humanitaire est catastrophique, aucun projet de reconstruction n’a commencé à Gaza, plus de 10.000 personnes sont sans abri, les matériaux de construction ne rentrent pas à Gaza par ordre militaire israélien… Aucune amélioration de la situation pour un million huit-cent milles Palestiniens de Gaza.

 

Avez-vous déjà songé à quitter les territoires palestiniens pour aller vivre ailleurs ?

– Oui, j’ai eu plusieurs occasions de quitter Gaza et la Palestine pour vivre ailleurs ou pour travailler, mais malgré ces opportunités j’ai choisi de rester sur ma terre et dans ma ville Gaza, car ma place est en Palestine et pas ailleurs. Je pense que j’ai un devoir et une responsabilité morale de rester aux côtés de ma population, auprès des jeunes afin de participer dans la lutte nationale pour la liberté via l’éducation et la résistance sur notre terre.

 

Pour vous, quel est votre rôle principal sur vos terres en tant que Palestinien ?

– Mon rôle est simple, c’est de rester attaché à ma terre, de remonter le moral à cette jeunesse désespérée à cause de la situation actuelle dans les territoires palestiniens, marquée par la poursuite de l’occupation et de la colonisation israélienne. C’est participer à former une nouvelle génération ouverte sur le monde, une génération attachée à ses racines et à sa patrie.

 

On se retrouve dans une période de boycott intensif des produits israéliens. En voyez-vous les répercussions sur le terrain ?

– Le gouvernement israélien a peur de ces compagnes de boycott économique, culturel, académique et personnel partout dans le monde, les pertes économiques dépassent les 2 milliards d’euros pour l’économie israélienne et pourtant c’est seulement un boycott citoyen et on n’est pas encore arrivé à un boycott officiel et institutionnel. Le boycott est une arme qui fait peur à cette occupation et pour information, le gouvernement israélien a créé une organisation officielle pour lutter contre ce boycott de plus en plus large et efficace dans le monde.

 

Comment se déroule le quotidien d’un professeur en Palestine ? Pouvez-vous dire que ce métier est un métier dangereux dans ce pays ?

– Un professeur palestinien a une double responsabilité. D’abord il fait son travail dans des conditions très difficiles : occupation, bombardements, attaques israéliennes, blocus, mur d’apartheid, barrages et check-points, difficultés économiques, difficultés pour joindre son lieu de travail… Mais son rôle principe est de continuer à aller à l’école pour poursuivre son travail avec les enfants et proposer un enseignement et une formation en dépit d’un contexte particulier dans les territoires palestiniens. Ce n’est pas une question que ce métier soit dangereux, car toute personne en Palestine est la cible d’une attaque israélienne, mais l’enseignant palestinien a une responsabilité et un devoir à accomplir malgré tout.

 

Avez-vous déjà été confronté à des situations où des bombardements ont éclaté en plein cours ? Si oui, comment réagissent les élèves et comment faites-vous pour gérer la situation ?

– Plusieurs fois. Ma première réaction est de calmer les jeunes étudiants pour éviter la panique, mes étudiants, même s’ils ont peur, essayent de garder leur calme. Souvent, si les bombardements sont intensifs on essaye de faire évacuer les étudiants de l’université, mais si les bombardements sont ponctuels on continue le cours et c’est notre message : que la vie continue et que l’éducation est sacrée en Palestine.

 

Vous faîtes souvent des émissions radios en partenariat avec d’autres personnes, quels en sont leurs buts et qu’apportent-elles selon vous ?

– Ces émissions, en dehors de leurs objectifs de développer la Francophonie dans la bande de Gaza et en Palestine, essayent d’avoir un lien entre les gens de Gaza et le monde extérieur. D’après notre premier bilan, nos émissions radios francophones sont très écoutées et suivies par un public francophone large. L’objectif de nos duplex et de nos jumelages avec des radios francophones est d’essayer de sortir Gaza de son isolément au travers des échanges avec des partenaires.

 

Depuis ces dernières années, avez-vous noté une hausse particulière des soutiens envers le peuple palestinien de la part de non-musulmans ?

– Oui, de plus en plus de personnes de bonne volonté partout dans le monde se mobilisent pour soutenir la cause palestinienne comme cause de justice. Lors de la dernière offensive israélienne contre la bande de Gaza en été 2014, des milliers de personnes de bonne volonté sont descendues dans les rues des grandes capitales mondiales pour soutenir les Palestiniens contre les crimes israéliens. D’ailleurs, la compagne de boycott de produits israéliens a commencé en Europe.

 

De plus en plus de jeunes -et moins jeunes- aujourd’hui se sentent concernés par la situation de nos frères palestiniens mais beaucoup se sentent impuissants, ne pouvant agir concrètement. Que leur conseillez-vous ?

– La solidarité internationale avec notre cause juste compte beaucoup pour nous, en dehors de notre résistance au quotidien sur notre terre, le mouvement de solidarité partout dans le monde vient soutenir nos actions, même si ces personnes se sentent impuissantes et qu’elles ne voient aucun changement dans notre situation sur le terrain. Notre situation est de pire en pire avec la poursuite des mesures israéliennes contre notre peuple et l’absence de perspectives pour l’avenir, mais nous demandons à ces personnes solidaires de notre cause de poursuivre leurs actions de solidarité, de soutien, de boycott des produits israéliens et de mobilisation dans leurs pays jusqu’à la liberté de la Palestine et de l’instauration de la paix dans notre région, une paix dans la justice.

 

Vous signez souvent vos posts et vos messages en terminant par « Gaza la vie » que représente cette signature pour vous ?

– La vie continue à Gaza malgré toutes les mesures de l’occupation, la population civile poursuit sa résistance au quotidien en dépit du blocus israélien inhumain, nous aimons la vie et nous continuons notre lutte pour notre liberté. Je veux dire par cette expression que notre résistance se poursuivra, notre espoir se poursuivra et notre vie se poursuivra.

 

Un commentaire

  1. Tres bel article, merci Katibin pour cette belle interview, merci Ziad pour ce témoignage si fort et plein d’espoir

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