Accueil / Actualités / Maroc : « Du sang allait couler sur le sol de ma faculté »
étudiants médecine Maroc font grève

Maroc : « Du sang allait couler sur le sol de ma faculté »

Au Maroc, depuis déjà quelques mois, les étudiants en médecine ont décidé de faire front à un système de santé fallacieux qui trompe autant les patients que les médecins en devenir. C’est dans tout le royaume qu’est né un mouvement de protestations appelé, aujourd’hui, « la révolution du stéthoscope ». Face au manque de considération des autorités, les étudiants n’ont eu d’autre choix que de déserter les bancs des universités pour marquer leurs indignations.  Mais alors que ce mouvement se voulait pacifiste, il s’est produit, cette semaine, un drame au sein même d’une des 5 facultés engagées dans ce mouvement. Les universités de Casablanca, Fès, Marrakech mais aussi Oujda ont vu les étudiants en médecines de la faculté de Rabat matés par la répression des forces de l’ordre, asphyxiant ainsi ce mouvement qui semble bien trop s’éterniser pour le Gouvernement.

Le cœur du problème

Zaineb, étudiante à la faculté de Médecine et de Pharmacie de Rabat, s’est entretenue avec nous, afin de nous rapporter les circonstances d’un tel drame mais aussi pour nous en expliquer la raison.

L’objectif de cette grève est de retrouver la qualité du système de santé marocain, de redonner au patient et au médecin une dignité, d’être formés selon les normes internationales.

Alors que le système de santé au Maroc est dans un état indescriptible, c’est bien un projet de loi nommé SCO (Service Civil Obligatoire) qui est la cause d’un soulèvement national des étudiants. Ce projet de loi n’a en effet rien de lumineux dans la mesure où il instaure plus de précarité qu’il n’en est existe déjà dans le pays. En effet, tout étudiant ayant terminé son cursus en médecine générale devra être dans l’obligation de travailler dans les régions enclavées, et ce pour 2 ans. S’ajoute à cela, qu’il ne sera pas reconnu comme un fonctionnaire de l’État, mais  un médecin qui effectue un travail obligatoire,  sans salaire et dont sa seule ressource financière sera une bourse bien dérisoire. Zaineb tient à nous préciser que le problème n’est pas le fond mais bien la forme :

On ne refuse pas d’aller dans ces zones, la preuve, on organise souvent sur la base du bénévolat des caravanes pour aller soigner ces gens. On refuse d’être des esclaves et de retourner après ces 2 ans sans poste, au chômage, sans que l’état nous assure une place dans le concours de spécialités . On refuse d’aller guérir des gens avec une feuille et un stylo ou encore avec du « majhoud » comme à dit notre chef du gouvernement, Abdel-llah Benkirane.

Quand bien même le SCO est incontestablement remis en cause par la grande majorité du corps médical (enseignants-médecins-étudiants), cette loi, à peine esquissée, aura eu le mérite de donner un bon coup de fouet dans la poudrière.

Les revendications

Désormais, les étudiants se sont constitués un dossier dans lequel, ils comptent bien faire entendre leurs droits et les faire valoir auprès des autorités compétentes. Ils demandent l’abolition du SCO, l’augmentation de la bourse des externes, évaluée à 10 euros par mois, et qui n’a pas été revalorisée depuis la fondation de la faculté en 1968, l’amélioration des conditions de travail, la reconnaissance du doctorat en médecine comme un doctorat national, impliquant une rémunération basée sur l’indice 509. Actuellement, un docteur est rémunéré sur la base d’un master (bac+5) alors qu’il possède un bac+ 8. Au delà de ce dossier, les étudiants ont cherché à faire passer leur message avec des communiqués dans lesquels ils s’expriment et dénoncent toutes les incohérences  d’un système qui se complait dans son inefficacité.

Le drame

Devant l’ignorance du Gouvernement, certains grévistes ont tenté de faire réagir de manière plus ferme. Pour ce faire, ils ont tout simplement chercher à faire barrage pour que les cours ne puissent pas avoir lieu. Bien que certains, comme Zaineb ne partageaient pas cette décision qui tendait à paralyser tout l’enseignement, elle se dit désormais solidaire de ces grévistes qui ont été les victimes d’une répression extrêmement violente. Après que les forces de l’ordre aient investi l’enceinte de l’université de Rabat, les coups ont déferlé sur les jeunes étudiants ; 11 blessés, 4 arrestations et plusieurs cas de perte de conscience comme nous le rapporte Zaineb. Encore sous l’émotion et le choc, la jeune étudiante écrit sur les réseaux sociaux pour rapporter son indignation. Le Maroc, son pays si cher à ses yeux, l’a trahi et blessé, qu’elle tenait à lui adresser un message :

J’ai choisi d’étudier sur les bancs d’une de tes facultés pour renforcer les liens entre toi et moi, après une éducation 100% étrangère.[…] J’ai eu tord de te faire confiance. J’ai eu tord de te choisir. J’ai eu tord de te soutenir. Aujourd’hui, du sang allait couler sur le sol de ma faculté. Aujourd’hui, tu as frappé et blessé mes collègues, tes enfants, qui manifestaient pacifiquement. Aujourd’hui tu m’as donné honte d’être marocaine. […] Quel espoir avoir quand en public tes responsables proclament qu’ils sont ouverts au débat mais qu’ils envoient une armée tabasser tes enfants?

Après cette éclaboussure de l’appareil étatique marocain, le Chef du Gouvernement a invité les étudiants à reprendre place sur les bancs des facultés, à la suite de quoi il s’engageait à recevoir les représentants pour négocier. Vendredi dernier, Abdel-llah a rencontré les représentants des syndicats de l’enseignement supérieur et des étudiants. La seule promesse dans laquelle s’est engagé le Chef du gouvernement concerne l’augmentation des bourses. Quant au SCO, « aucune décision ne sera prise sans débat ».

La jeunesse marocaine, bien consciente de son devenir dans le royaume, garde malgré la bévue des autorités marocaines cette force animée par ce sentiment d’injustice qui a bien souvent soulevé des montagnes. En conséquence, une marche nationale aura lieu le mercredi prochain dans la capitale du royaume, car comme nous l’a souligné Zaineb en citant Edmund Burke, « la seule chose nécessaire au triomphe du mal est l’inaction des gens de bien. »

 

 

 

 


Un commentaire

  1. Ça serait pas mal que les étudiants fassent une pétition sur change.org ou avaaz, ils auraient plus de

    visibilité et le problème prendra plus d’ampleur.

    Manifester ça sert à rien. Ça ne fera que plus de blessés pour rien.

    Il faut être intelligent et ne pas se jeter dans la gueule du loup (des forces de l’ordre).

    Le mieux aussi ce serait de faire pression sur le chef du gouvernement avec un communiqué ou un ultimatum.

Laisser une réponse

Votre adresse email ne sera pas publiéeLes champs requis sont surlignés *

*