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Malheurs en maternité : le SOS d’une étudiante casablancaise

Cette semaine au Maroc, un SOS a été posté sur les réseaux sociaux par une jeune étudiante ; autant dire une bouteille jetée à la mer. Du Maroc à la Syrie, par la force des choses, ce cri de désespoir s’est fait entendre, si bien que le Docteur Zouhair Lahna, actuellement en Syrie, s’est empressé de relayer cette information.

Les nourrissons, victimes d’un système calamiteux

Ghita Cherti, étudiante casablancaise et responsable de la communication pour une association locale, du haut de ses 22 ans, a tenu à extérioriser son indignation par la seule force des mots. Contactée d’abord sur facebook pour venir en aide, Ghita se sent dépassée, révoltée, indignée mais non résignée. Ne sachant vers qui se tourner, elle écrit rageusement dans un message qu’elle adresse au Docteur Lahna sa colère et son désarroi quant au sort qui a été réservé à un nourrisson et sa jeune mère.

A Hay Mohammadi, en périphérie de Casablanca, l’hôpital Mohamed V s’est transformé en bourreau causant d’atroces souffrances à une jeune mère et son nourrisson. Il aura fallu attendre 48 longues heures pour mettre ce bébé au monde. Un bébé qui a dû se battre seul et dans la douleur. La toute jeune mère, qui après que sa poche des eaux se soit rompue, a été entrainée, malgré elle, au cœur des limbes d’un hôpital « sans médecin ». Comme le souligne Ghita Cherti dans son message, « le bébé s’asphyxie et se noie dans ce qui reste des eaux de la poche ».

Alors que les complications apparaissent, le temps s’écoule et aucun médecin en vu après les 6 heures fatidiques lors d’un accouchement. L’urgence est telle qu’une césarienne reste la seule solution. Pourtant, après 12 heures, après 24 heures et après 48 heures, toujours aucun médecin. C’est alors que les infirmières montent à tour de rôle sur le ventre de la mère pour tenter de faire sortir ce bébé en souffrance, qui s’est comme « collé à son ventre ». Toutefois l’accouchement terminé, cette mère et son nourrisson continuent d’être sous le joug de mauvais traitements. Reda, nom donné par ses parents, était un bébé en pleine santé, mais aujourd’hui, les conséquences d’un traitement moyenâgeux lui ont causé de nombreuses séquelles cérébrales.

Le témoignage de Ghita Cherti

Ghita ne fait pas état que des mauvaises conditions dans lequel Réda a été mis au monde mais expose la réalité de ceux qu’on n’entend jamais, de ceux pour qui la résignation leur a été imposée, parce que tout simplement pas issus de  » la bonne caste ». Voici un extrait du message qu’elle a envoyé au Dr Lahna.

Son « médecin pédiatre » se permet d’envoyer un bébé à peine né, souffrant de convulsions successives dû au retard de l’accouchement de sa maman, à l’ hôpital Al Harouchi. Elle ne prends pas la peine d’appeler pour savoir s’il y a une place vacante dans le service néonatale . On déplace le bébé, qui convulse plus qu’il ne respire, dans une ambulance crasseuse. Une fois là bas, on choque le papa, qui n’est qu’un pauvre gardien, en lui annonçant que l’hôpital ne peut rien faire pour lui, toutes les couveuses sont occupées… Je me rend à l’hopital al Harouchi, je parle au médecin de service, qui me dit que c’est inconcevable d’envoyer un enfant dans une telle situation sans s’assurer qu’il sera pris en charge une fois arrivé… Les médecins ont un système de flotte entre eux, mais malgré ça rien n’est fait. Pas même un coup de fil !

Pensant à ce bébé et à son sort, contemplant ces petites mains toutes crispées à cause des crises, son petit ventre qui se secoue, et sa respiration inquiétante, je tressaillis au son de la couveuse qui indique le danger. Les indicateurs lumineux sont en rouge ; je stresse et j’ai peur qu’on perde le bébé. Sa maman qui se tient juste à côté, comme si ce n’était pas nouveau, éteint la couveuse et la rallume. Le son a disparu, tout est rentré dans l’ordre. Moi, toujours sous le choc demande à la maman une explication : « La couveuse est en panne, on m’a dit de l’éteindre et de la rallumer en cas de blocage… »
… Silence…

Désormais, son sort est entre les mains de son Créateur. Les médecins de la Goutte de Lait qui l’ont pris en charge à la suite d’une bataille administrative avec l’hôpital Mohamed V sont, quant à eux, très réservés quant au sort de Reda.

Pourquoi ?

Pourquoi est-ce qu’au Maroc, dans ce merveilleux pays, des bébés naissent encore dans des infrastructures pernicieuses ?

Pour répondre à cette question, nous nous sommes entretenus par messages interposés avec Ghita Cherti et le Docteur Lahna. Celui-ci nous explique que dans certains hôpitaux du Maroc, les médecins ne se déplacent pas pour les accouchements. Seules les infirmières et les sage-femmes doivent être en mesure de mettre au monde des enfants même lorsque cela dépasse leurs compétences. Sans compter sur le fait que parfois la corruption se greffe jusque dans les administrations de certains corps médicaux causant ainsi la ruine des moyens matériels et des infrastructures.

Ghita, elle, nous explique que la mauvaise caste ne permet pas de revendiquer aux instances juridiques ce droit à la justice :

Que pourrait faire un pauvre gardien, un petit employé ou un petit fermier devant tout ça ? Poursuites judiciaires ? Non, ils en ont ni les moyens ni la capacité pour le faire.

C’est ainsi que cette jeune étudiante nous confie que face à ce fatalisme dont sont victimes en premier lieu les mères et les nourrissons, elle nourrit l’espoir qu’un jour ce SOS sera entendu pour qu’enfin cessent ces vies gâchées. Un SOS que nous relayons car nous partageons l’espoir de Ghita et pour que Réda comme tant d’autres ne soient jamais oubliés.

2 plusieurs commentaires

  1. J’ai pu parler avec Ghita pensant toute cette période, je ne peux que reconnaitre qu’avec sa personnalité et sa motivation, elle a pu mener à bien sa petite mission et elle pu sauver ce oetit garçon malgre lzs difficultés rencontrées. Bravo Ghita t’as été super et merci pour ton aide.

  2. Il faut une rénovation des maternités dans les quartiers pauvres et un personnel vraiment engagé.

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