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Fouad Chafik

[Entrevue] avec le footballeur franco-marocain, Fouad Chafik, joueur en Ligue 2

Katibîn : Assalamou ‘alaykoum. Fouad Chafik, tu es un jeune footballeur franco-marocain qui évolue en Ligue 2, peux-tu nous parler un peu de toi ?
 
Fouad Chafik : Halikoum o salem, je me présente Chafik Fouad, 28 ans, latéral droit du stade lavallois en championnat de ligue 2.
C’est ma quatrième saison dans le monde professionnel, auparavant j’ai évolué à Istres, près de Marseille pendant 2 saisons toujours en ligue 2 et j’entame aujourd’hui ma seconde saison avec le stade lavallois. Je pratique le football depuis l’âge de 6 ans et j’ai débuté dans la ville où habite toujours mes parents du côté de Pierrelatte dans le sud de la France. Je suis arrivé tard dans le monde du football à l’âge de 25 ans puisque j’ai privilégié mes études. Je suis titulaire d’un master 2 en économie du sport et du tourisme hamdoulilah.
K : Comme nous en parlions avec Oumar Sissoko, la foi dans le milieu sportif prend une place de plus en plus conséquente. On te voit notamment arborer fièrement une barbe, qu’en est-il dans le milieu sportif ? Que dit-on de toi ? Que te dit-on ? Quel constat peux-tu faire de l’intérieur ?
FC : C’est vrai que la foi prend une place de plus en plus importante dans le milieu sportif et notamment le football professionnel.
Pour ma part, la religion passe avant tout, mon métier me permet de pouvoir faire mes prières quasiment tout le temps à l’heure hamdoulilah et pour moi c’est primordial, je peux pratiquer ma religion sans aucun problème. Je portais une barbe que j’ai taillé aujourd’hui pour des raisons personnelles, mais je n’ai vraiment eu aucun souci avec les gens dans mon club, que ce soit le staff technique, les dirigeants ou les supporters. Quand vous avez un bon comportement et que vous respectez tout le monde hamdoulilah tout se passe bien. On peut faire les frais de certaines remarques quelques fois mais rien de bien méchant, on prend ça avec le sourire, qui est la meilleure des réponses pour moi. C’est vrai qu’avec les événements qui se sont produits, les gens peuvent faire des amalgames entre le fait de porter la barbe et les terroristes mais personnellement j’ai eu un seul problème avec un club adverse lors d’un match à l’extérieur dont je ne citerais pas le nom, mais cela fait partie du folklore locale, on dira ça comme ça (rires). On peut sentir aussi parfois le regard de certaines personnes un peu pesant dans la rue mais rien de bien méchant. Les gens qui me connaissent savent comme je suis et c’est le plus important.
K : Plus largement, peux-tu nous dire ce que la foi t’apporte ? Te sens-tu ambassadeur ? Arrive-t-on à comprendre l’Islam dans le milieu de haut niveau ?
FC : La foi m’apporte une grande sérénité, un certain apaisement. La religion me permet aussi de relativiser des événements de la vie quotidienne, je prends cela comme une volonté de Dieu et une épreuve avant tout. Le football professionnel est un sport très médiatisé, c’est pourquoi je me sens un peu un ambassadeur, on se doit de montrer un bon exemple à la fois pour la religion mais aussi pour toutes les personnes et notamment les jeunes qui prennent souvent les footballeurs comme référents.
Depuis que je suis footballeur professionnel, j’ai toujours pu pratiquer le ramadan dans son intégralité, j’ai toujours expliqué à mes entraîneurs son importance pour les musulmans et pour moi et cela s’est toujours très bien passé hamdoulilah. Tant que cela n’influe pas sur les performances, personne ne peut rien vous dire. C’est pourquoi il faut toujours prendre le temps d’expliquer les choses qui font partie de la religion pour que les gens puissent comprendre.
K : Sur le plan sportif, tu évolues actuellement à Laval, comment ça se passe là-bas ? Peux-tu nous raconter ton chemin professionnel ?
FC : Mon intégration s’est très bien passée, je ne pouvais pas espérer mieux, j’ai très bien été accueilli par tout le monde au club, les joueurs, dirigeants, staff technique, bénévoles et supporters et cela nous met dans les meilleures dispositions possibles et vous avez envie de vous dépasser pour ces personnes.
J’ai eu un parcours très atypique, comme je l’ai dit précédemment, je suis arrivé tard dans le milieu professionnel comme j’ai privilégié mes études. Je suis passé par tous les niveaux régionaux étant plus jeune et hamdoulilah aujourd’hui j’ai le bonheur d’être footballeur professionnel.
K : Le foot, ça apporte quoi à l’Homme ? 
FC: Je reçois un salaire pour faire un métier que j’apprécie énormément, cela m’apporte de l’épanouissement, je suis heureux dans ce que je fais et je peux pratiquer ma religion sans aucun problème, pour moi c’est le meilleur métier du monde. C’est pour cela que je m’interdis de me plaindre, je pense aux personnes qui n’ont pas de travail ou qui font des métiers très difficiles pour survivre. Je suis très admiratif de ces gens-là.
K : Sur le plan actualité, tu vois notamment de nombreux faits d’islamophobie exposés à la TV. Qu’est-ce que cela te fait ? As-tu par exemple vu dans ton entourage un changement après l’affaire Charlie Hebdo.
FC : Cela me touche bien évidemment, mais il faut expliquer aux gens que les personnes qui font ça disent le faire au nom de l’Islam mais ce n’est pas du tout le cas. L’Islam ne prône pas ces choses-là. L’Islam est avant tout une religion de paix et de respect. Je me suis d’ailleurs expliqué dans un journal le « Ouest France » sur la foi et les événements de Charlie Hebdo.

Il n’y a pas eu de changement de comportements vis-à-vis de moi après ces événements, au contraire les gens m’ont apporté leur soutien. La plupart savent que ce n’est pas l’Islam, si vous avez un bon comportement, que vous êtes respectueux avec tout le monde et que vous vous donnez à fond sur le terrain, il n’y a aucun problème. Les personnes à Laval ont une très bonne mentalité.

K : Qu’est-ce que tu aimerais dire à ceux qui peignent de l’Islam un tableau péjoratif ?

FC : Que l’image qui est véhiculée dans les médias par les personnes qui tuent des gens au nom de l’Islam n’est pas bonne.
L’Islam est avant tout une religion de paix et de respect d’autrui.
K : De nombreux jeunes espèrent un jour atteindre le stade de footballeur professionnel, qu’as-tu envie de leur dire ?
FC : J’ai envie de leur dire que c’est très difficile d’y parvenir, il faut faire de nombreux sacrifices. Il faut savoir qu’il y a en France près de 2 millions de licenciés et seulement 1000 joueurs professionnels. Le plus important c’est la scolarité, surtout ne pas sortir du système scolaire. J’ai fait des études car je ne pensais pas pouvoir devenir joueur professionnel et il faut préparer son avenir, le football s’arrête très vite, au mieux on peut jouer jusqu’à 40 ans si on est épargné par les blessures, c’est pourquoi il était important pour moi de faire des études notamment pour la reconversion.
Je voudrais faire passer un message aux jeunes qui souhaiteraient devenir joueur professionnel. Dans un premier temps, de continuer les études quoi qu’il arrive, de toute façon aujourd’hui, les jeunes qui veulent rentrer en centre de formation doivent avoir avoir de bons résultats scolaires. Je suis la preuve vivante que les études et le football de haut niveau sont compatibles.
Dans un second temps, si vous avez les qualités footballistiques, avec du respect, du travail, du sérieux, de l’abnégation vous arriverez à vos fins incha’Allah.
K : Tu as été tout fraîchement retenu par la sélection marocaine. On imagine bien que c’est une fierté pour toi. Avec les affaires des bi-nationaux comme Nabil Fekir, t’es-tu posé la question du choix entre la France et le Maroc ?

FC : C’est sûr que c’est une énorme fierté, un rêve de gamin qui se réalise, c’est que du bonheur de pouvoir jouer pour son pays et représenter tout un peuple hamdoulilah. Non, je ne me suis jamais posé cette question puisque déjà du fait de mon âge, et ensuite depuis tout petit je me suis dit si j’avais la chance de devenir joueur professionnel un jour, je jouerais pour mon pays d’origine qui est le Maroc. Mon choix était donc déjà fait depuis petit.

K : Et si la France t’avait appelé ? 🙂

FC : Si la France m’avait appelé, j’aurais répond négativement, dans le respect bien évidemment et en expliquant mon choix.
K : Personnellement, dans ce monde, qu’est-ce qui t’indigne ?

FC: La chose qui m’indigne le plus dans le monde est l’injustice mais hamdoulilah, Allah est du côté de ceux qui subissent l’injustice et c’est pour cela qu’il faut être patient même si c’est très difficile. Sinon, il y a aussi la pauvreté et la faim dans le monde qui pourraient être éradiqués.
K : Que peut-on te souhaiter ?FC : Que dieu continue à donner la santé à tous mes proches, tous les musulmans, ainsi qu’à moi. D’augmenter ma foi incha’Allah.

K : Comment vis-tu Ramadhan avec le foot ?
FC : J’ai toujours fait le ramadan en entier hamdoulilah malgré que depuis que je suis professionnel ça tombe pendant la préparation physique. J’ai toujours dit à mes différents entraîneurs que je comptais le faire et cela n’a pas posé de problèmes puisque ça n’a pas influé sur mes performances et c’est là l’essentiel.
Fiche mémo
Âge : 28 ans
Là où tu te sens le mieux : Dans une mosquée
Récitateur préféré : Cheikh Shuraim
Hadith qui te touche le plus : Hadith Qudusi : « J’ai interdit l’injustice à Moi Même » Abu Dharr al-Ghifari imagerapporte que le Messager de Dieu image, parmi les paroles qu’il relatait de son Seigneur (qu’il soit glorifié) a dit : « Ô Mes serviteurs, Je me suis interdis l’injustice [ Zoulm ] à Moi-même et je l’ai rendue interdite entre vous : Ne soyez donc pas injustes les uns avec les autres. Ô Mes serviteurs, vous êtes tous des égarés sauf celui que Je guide. Demandez-Moi donc de vous guider [ Houda ] et Je le ferai. Ô Mes serviteurs, vous êtes tous affamés à l’exception de celui que Je nourris. Demandez-Moi donc votre nourriture et Je vous la donnerai. Ô Mes serviteurs, vous êtes tous nus à l’exception de celui que Je revêts. Demandez-Moi donc de vous vêtir et Je le ferai. Ô Mes serviteurs, vous commettez des fautes la nuit et le jour, et c’est Moi qui pardonne toutes les fautes. Demandez Mon pardon et Je vous l’accorderai. Ô Mes serviteurs, vous ne sauriez réussir à me faire du tort : vous n’y parviendrai pas. Vous ne sauriez réussir à me rendre service : vous n’y parviendrez pas. Ô Mes serviteurs, si les premiers et les derniers d’entre vous, si les hommes et les djinns parmi vous avaient dans le cœur, toute la piété [ Taqwa ] du plus pieux d’entre vous, cela n’ajouterai rien à Mon Royaume. Ô Mes serviteurs, si les premiers et les derniers d’entre vous , si les hommes et les djinns parmi vous avaient dans le cœur, toute l’impiété [ Foujour ] du plus impie parmi vous, cela ne diminuerait en rien Mon Royaume. Ô Mes serviteurs, si les premiers et les derniers d’entre vous, si les hommes et les djinns parmi vous, se tenaient tous sur une même terre, si tous me demandaient quelque faveur et si Je la donnais à tous ceux qui la demandent, cela ne diminuerait en rien ce que J’ai, pas plus que la mer dans laquelle on plonge une aiguille n’est diminuée de cela. Ô Mes serviteurs, ce ne sont que vos oeuvres que Je recense pour vous. Ensuite, Je vous en rétribue. Que celui qui trouve le bien adresse ses louanges à Allah, mais que celui qui trouve autre chose ne s’en prenne qu’à Lui-même » (Rapporté par Muslim et par at-Tirmidhi et Ibn Majah). Ton conseil à la oumma : Je vous répondrai en reprenant ce verset coranique: Allah (Exalté soit-Il) a dit : << O les croyants! Obéissez à Allah, et obéissez au Messager et à ceux d’entre vous qui détiennent le commandement. Puis, si vous vous disputez en quoi que ce soit, renvoyez-le à Allah et au Messager, si vous croyez en Allah et au Jour dernier. Ce sera bien mieux et de meilleure interprétation (et aboutissement). >> (Sourate 4 An-Nisa, « les femmes », verset 59)

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