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Les Etats-Unis rejetent la demande de libération d’un détenu Yéménite de Guantanamo en grève de la faim

Vendredi 14 août, un détenu Yéménite de 36 ans, Tareq Ba Odah s’est vu rejeté sa demande de libération pour raison de santé par le département américain de la justice. Les motifs de la décision sont maintenus secrets. Des responsables de l’armée et des services secrets américains avaient pourtant donné, il y’a cinq ans, leur feu vert pour qu’il soit transféré hors de Guantanamo mais son cas divise l’administration américaine. Sa nationalité n’y est pas pour rien, c’est la nationalité la plus représentée au sein de la prison, tout comme la grève de la faim qu’il a entamée depuis huit ans maintenant. Il ne pèse plus que 33,5 kg et son état de santé est inquiétant. Selon ses avocats, le rejet de cette requête prouve le manque de détermination du Président américain Barack Obama à honorer sa promesse de fermer ce camp avant la fin de son mandat.

La grève de la faim, l’ultime sacrifice pour des prisonniers oubliés de la justice des Hommes

Arrêté à la frontière afghane par l’armée pakistanaise et accusé d’avoir reçu une formation militaire pour combattre auprès des Talibans, Tareq Ba Odah fait partie des 166 encore captifs de la base américaine de Guantanamo, 14 ans après les attentats du 11 Septembre 2001. Le mouvement de grève de la faim a initialement été déclenché par les fouilles des cellules au cours desquelles les Corans étaient jetés par terre, une attitude répétitive jugée blasphématoire. Ensuite les protestations se sont amplifiées pour dénoncer la détention illimitée et les accusations sans procès. Les 166 détenus restent toujours enfermés alors qu’ils ne sont jamais passés devant un juge au préalable ni n’ont été inculpés d’aucune charge. Depuis février 2013, ils sont une centaine (148) à être en grève de la faim sur les 166, d’après les derniers bilans connus. Et comme Tareq Ba Odah, ils sont 86 à avoir reçu un avis favorable de transfert hors de la prison depuis plusieurs années et restent pourtant incarcérés dans des conditions inhumaines.

Rappelons que la base militaire américaine située à Cuba est la prison la plus coûteuse des Etats-Unis avec des frais de fonctionnement qui s’élèvent à 800 000 dollars par prisonnier et par an alors que son emplacement extra-territorial lui permet d’échapper aux lois régissant le système judiciaire fédéral américain. Une zone de non-droit pour la plus puissante démocratie du monde. Depuis plus 10 ans, elle est le symbole mondial de l’atteinte aux droits de l’Homme et ternit jour après jour l’image de l’Amérique.

Des détenus soumis à la cruauté de la nutrition par intubation nasale

Craignant que les détenus meurent de faim, l’administration américaine a ordonné de les nourrir de force. Une pratique jugée inhumaine par l’ONU et d’autres organisations internationales comme l’Association Médicale Mondiale. Les témoignages des détenus assimilent cette pratique à de la torture. Le 14 avril 2013, le New York Times a publié le témoignage de Samir Naji al Hasan Moqbel, simplement intitulé « Gitmo is killing me » (Guantanamo est en train de me tuer) :

Je ne peux pas décrire à quel point il est douloureux d’être nourri de force de cette façon. Pendant qu’ils inséraient le tube, j’ai eu un haut-le-cœur. Je voulais vomir, mais je ne pouvais pas. Ma poitrine, ma gorge et mon estomac souffraient le martyre. Je ne souhaite cette punition cruelle à personne.

Je suis toujours nourri de force. Deux fois par jour, ils m’attachent à une chaise dans ma cellule. Mes bras, mes jambes et ma tête sont sanglés. Je ne sais jamais à l’avance quand ils vont venir. Parfois ils viennent la nuit, à 23 heures, quand je suis endormi. »

Un autre détenu franco-algérien, Nabil Hadjarab, détenu à Guantanamo depuis 2002, également alimenté de force, a témoigné de son calvaire par une lettre envoyée à l’Express.

Ainsi, ils sont ainsi une quarantaine, comme Tareq Ba Odah, a subir une alimentation forcée depuis 2013, deux fois par jour, à n’importe quel moment de jour comme de nuit. En rejetant sa demande de libération, le département de la justice américaine prétexte que cela pourrait inciter d’autres détenus à se lancer dans des grèves de la faim. Une situation dramatique qui plonge les détenus restants dans un désespoir profond.

Les requêtes sont régulièrement rejetées par les magistrats en renvoyant la responsabilité de l’arrêt de l’alimentation forcée et du transfert des détenus au Président américain. La mobilisation de l’opinion publique et les pressions des organisations internationales pourront certainement le contraindre à honorer sa promesse de fermer ce centre de détention, lieu de toutes les injustices infamantes pour l’humanité.

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