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La polémique des menus de substitution au porc devant un tribunal : une première décision en fin de semaine

C’est l’histoire d’une polémique qui est finalement arrivée devant un tribunal. En l’occurrence le tribunal administratif de Dijon qui a depuis mardi 11 août une affaire très spéciale à trancher.

Rappel des faits

Souvenez-vous en mars 2015, le maire de Chalons-Sur-Saone, Gilles Platret, avait annoncé sa décision de ne plus servir de repas de substitution quand le porc était au menu des cantines scolaires de sa ville dès la rentrée 2015. Il s’agit en fait de ne pas proposer de viande alternative (poulet ou autre) quand le porc était à la carte, ce qui peut arriver 2 fois par mois selon le maire de la ville. Une décision qui met fin à un service qui existe depuis 1984 dans cette ville. Ce qui a surtout enflammé le débat c’est la question de la laïcité qui a tourné autour de ce sujet. Seule la Ligue de Défense Judiciaire des Musulmans a décidé de porter l’affaire devant la justice. 

La LDJM attend la réponse du recours en référé-suspension

Outre le tollé que cela a provoqué entre les partisans et les autres, et même jusque dans le clan du maire (UMP), la LDJM (Ligue de Défense Judiciaire des Musulmans), elle, a estimé que la mesure était illégale. Elle a donc lancé une procédure en référé-suspension pour demander l’annulation de cette décision, une procédure d’urgence quand on sait que la rentrée scolaire approche à grands pas. Elle a également avancé que le maire seul ne pouvait prendre cette mesure sans le conseil municipal. La décision de justice sera connue en fin de semaine.

La LDJM, présidée par le très médiatique Karim Achoui, qui rappelons-le, entend défendre les intérêts des musulmans, a donc soutenu devant le juge, le respect de la liberté de culte et de conscience. Il a plaidé le traumatisme que pouvait subir un enfant : « si une côte de porc lui était servie et qu’il était obligé de la manger alors qu’il lui est répété dès le plus jeune âge que c’est un interdit alimentaire ».  Un autre avocat de la Ligue a plaidé « la violation de la laïcité » . En plus de cette procédure d’urgence, la Ligue a également lancé une procédure pour « excès de pouvoir » pour un examen de l’affaire sur le fond et espère faire jurisprudence en la matière.

Position laïcarde, pragmatique ou simplement absurde ?

Pour Monsieur Gilles Platret, sa décision « restitue une pratique laïque au sein de restaurants scolaires » . « Dans les faits, 40% des enfants qui mangent à la cantine ne mangent pas du tout de viande car elle n’est pas halal. Ils ont donc plus de légumes et d’entrées pour qu’ils sortent de table sans avoir faim», a souligné le maire de Chalon. Donc la question n’est pas religieuse, mais seulement pragmatique. En effet, proposer une viande alternative qui n’est pas consommée relève du gaspillage alimentaire et des deniers publics. Peut-on en conclure que toute cette procédure lancée par la LDJM fait office de coup d’épée dans l’eau ?

C’est l’attaque envers la confession des élèves qui est dénoncée dans cette affaire car les avocats de Gilles Platret ont en effet invoqué le respect de laïcité dans leur argumentation : «la laïcité est une abstention et non l’obligation l’obligation positive de fournir à chacun ce qu’il attend pour l’exercice de son culte en exigeant des prestations différenciées ». Une attaque, hors de propos, qui a fait bondir bon nombre de politiques, de droite comme de gauche.  La députée PS de Saône-et-Loire Cécile Untermaier s’était dit consternée et inquiète que de telles actions puissent être portées par des autorités municipales auxquelles il revient normalement de tout faire pour le « bien vivre ensemble ».

L’observatoire de la laïcité d’ajouter que la laïcité ne saurait être invoquée  et que « la majorité des écoles proposent une diversité de menus, avec ou sans viande. Cette offre de choix ne répond pas à des prescriptions religieuses mais à la possibilité pour chacun de manger ou non de la viande tout en empêchant la stigmatisation d’élèves selon leurs convictions personnelles.»

Le menu végétarien est celui qui convient au plus grand nombre

Les menus de substitution au porc n’ont pas un caractère confessionnel puisque la viande alternative proposée n’était de toute façon pas halal, ou casher. Aucune demande n’a été formulée dans ce sens par ailleurs. Et Matthieur Ricard, bouddhiste tibétain et consulté à ce sujet, de s’interroger : « que vient faire la laïcité la dedans » . L’auteur du « Plaidoyer pour les animaux », ainsi que d’autres personnalités, notamment Aymeric Caron ou encore Franz-Olivier Gisbert, connus pour leur engagement de la cause animale ont fait le constat suivant :

« Plutôt que d’utiliser le porc ou la laïcité pour attiser la haine confessionnelle et diviser les Français, nous proposons une solution simple, défendue par ailleurs depuis longtemps par de nombreuses associations: l’instauration dans les cantines scolaires d’une alternative végétarienne systématique, c’est-à-dire à tous les repas, et pas seulement lorsque du porc est proposé » .

C’est le choix qui a été fait par la ville de Perpignan et il n’y a eu aucune contestation.

De toute évidence, ce débat sur les menus alternatifs montre une nouvelle fois les étonnantes extensions et interprétations que pouvait recouvrir le concept de laïcité, un peu à l’image des tonneaux des danaïdes, un sujet sans fin pour qui veut en abuser.

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