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Polémique sur le port du voile à l’université : les étudiantes témoignent

Depuis quelques semaines, les débats sont ouverts suite à la polémique engendrée par le rapport du Haut Conseil à l’intégration (HCI), qui préconise notamment l’interdiction de signes religieux ostentatoires dans les salles de cours de l’université, en particulier le voile islamique. Les différentes parties se sont exprimées sur le sujet, d’un côté les favorables à un projet de loi et de l’autre ceux qui trouvent la discussion totalement inutile, le voile étant porté par des femmes majeures et donc juridiquement considérées comme civilement capables de prendre leurs propres décisions. Mais à aucun moment les personnes sans doute les plus concernées, à savoir les étudiantes elles-mêmes, n’ont été questionnées sur ce sujet épineux. Katibîn a recueilli leurs témoignages afin de connaître et de partager les histoires et le ressenti de ces étudiantes.

Hayrunnisa Lyon 2

Je suis en master de droit du travail et je porte le hijab depuis 1 an maintenant. J’étais la seule de la promo et je n’ai jamais eu aucun problème particulier. Je ne me sens pas différente des autres élèves sous prétexte que je porte le foulard. Et je pense que mes camarades l’ont également ressenti comme ça. Alors évidemment j’ai eu droit à la question « est-ce que quelqu’un t’a  forcée à le porter ? » … J’ai été très surprise de la question. C’est vrai qu’on entend beaucoup parler de la pseudo soumission des femmes voilées et tout le blabla qui va avec mais je n’avais jamais été confrontée à cette pensée tellement idiote que je pensais naïvement ne jamais avoir à y répondre. Et donc surprise mais très calme, j’ai expliqué à ma camarade que je le portais de mon plein gré évidemment et les raisons pour lesquelles j’avais décidé de le faire. Avec mes professeurs tout s’est très bien passé. Je dirais même qu’ils s’intéressaient davantage à moi. Est-ce dû au foulard, je ne sais pas, mais ils me donnaient beaucoup la parole en cours. Pour donner un exemple, la prof nous parlait de l’arrêt rendu par la cour de cassation dit « baby loup » au sujet du licenciement pour motif religieux (la femme a été licenciée à cause de son foulard). A cette occasion, la prof m’a demandé ce que je pensais du voile au travail et nous avons eu toutes les deux, devant les autres élèves très attentifs, un débat très enrichissant.

Meltem Lyon 2

Durant mon année de Licence 3, j’ai dû affronter le cap du stage. En effet, un stage étant déjà difficile à trouver en temps normal, avec le voile ce fût assez ardu. J’en ai donc discuté avec mon professeur qui fut très attentif à mon problème et m’aida dans mes recherches. J’ai donc trouvé un stage dans un hôpital de Lyon. Jusque là tout semble assez normal. Or, à la fin de mon stage, mon maître de stage au sein de l’hôpital m’avoua avec un peu d’ironie qu’il ne m’aurait pas accepté si ma prof n’avait pas soutenu ma candidature. La raison est qu’il avait des préjugés sur les femmes voilées. Il me dit donc que mon stage dans son service lui avait appris des choses sur la pensée d’une personne voilée. En tout cas, ce fut un stage rempli d’expériences pour moi et les autres personnes de ce service. Comme quoi, pour lutter contre un stéréotype ou un préjugé, il ne suffit pas de le cacher, de le faire disparaître comme ils sont en train d’essayer de faire avec les lois… il faut surtout essayer de comprendre, aller à la rencontre de ces personnes concernées. Une femme voilée est loin d’être une femme soumise qui ne parle pas, ne pense pas, ne sort pas !

Karima UFR  Dijon

Etudiante en L3 administration économique et sociale, j’ai profité de ma première année à la faculté pour pouvoir me voiler. Je me suis voilée plus précisément au début du second semestre, soit maintenant 8 mois, Dieu en soit loué. J’étais la seule fille voilée de ma promo, composée de Français, Chinois, et Maghrébins majoritairement. Au premier pas que j’ai posé dans l’amphithéâtre avec mon voile, tous les regards se sont posés sur moi. Regards mélangés d’incompréhension, d’étonnement, de questionnement… Personne n’avait compris ce choix. Certains ont été assez froids au début mais après avoir discuté, ils ont totalement compris ce choix qui était LE mien. Seulement, rares sont les événements où tout va pour le mieux. J’ai aussi eu le droit à des questions…. Insolites ! « Tu t’es voilée car tu t’es mariée ? » « C’est quelqu’un qui te l’a imposé ? » Quelques explications claires et précises leur ont permis de comprendre que cette décision est strictement personnelle. Autre chose qui m’a beaucoup surprise, c’est l’assimilation redondante du voile aux étrangers. Depuis que je porte le voile, j’ai souvent été assimilée à une personne étrangère : « Votre carte de séjour est toujours valable ? Non Madame, je suis Française… ». Ce qui ressort de tout cela, c’est que, malheureusement, les gens s’arrêtent trop souvent à la première impression, et forcément, quand on a une mauvaise image de l’Islam, qui plus est alimentée quotidiennement par les médias, on ne peut qu’être réticent au premier abord. Ce qui est merveilleux, c’est qu’on apprécie mieux une chose quand on la connaît. J’ai été entourée de personnes ouvertes d’esprits, qui ont eu l’intelligence de (vouloir) comprendre mon choix, de s’apercevoir qu’une femme voilée n’est pas synonyme de femme soumise, de femme inculte, que cela ne nuit en rien à son intégration dans la société et surtout, à son épanouissement. Quand aux professeurs, eux aussi ont fait preuve d’une grande ouverture d’esprit. Je ne me suis jamais sentie différente des autres à cause de mon voile, bien au contraire, quasiment tous ont fait abstraction de cela. Certains m’ont même soutenue dans mes démarches personnelles. Je conclus simplement en disant qu’accepter la différence, c’est d’abord faire un travail sur soi-même, en acceptant dans un premier temps de s’ouvrir aux autres…

Zehra Lyon 3

J’étais en Licence Economie-Gestion à l’université Lyon 3, je porte le voile depuis bien longtemps, j’étais la seule à le porter dans ma promo.
Alors comparé à l’université de Lyon 2 d’où on entend souvent qu’elles n’ont aucun problème en général (ils sont beaucoup plus cool), moi j’ai eu d’énormes soucis.
Pour exemple, j’avais un examen de mathématiques, assez stressée. J’arrive en amphithéâtre, je vais directement faire contrôler mes oreilles avant de monter. Il peut y avoir des personnes qui se disent «oh mais pourquoi ils contrôlent les oreilles?». Parce que soi-disant à l’époque il y a eu des filles voilées qui ont triché via des kits oreillettes. Après ce contrôle je monte préparer mon examen et j’ai un professeur qui crie au micro : «Enlève le TRUC que t’as sur la tête». Moi étant toujours optimiste, je pensais qu’il le disait à une personne qui avait un chapeau. Mais un ami me dit «Retourne-toi, c’est à toi qu’il parle».
Je me retourne, il me dit d’enlever le truc que j’ai sur la tête sinon je ne composerai pas. Et ça continue comme ça. (Je suis sortie en le menaçant que j’allais porter plainte.)
Sinon, au niveau des amis, j’ai eu beaucoup de questions qui m’ont été posées. Comme :
– Pourquoi tu portes le voile ?
– Ça vous sert à quoi ?
Autrement, j’ai eu de bonnes questions ou réactions aussi :
– Qu’est-ce que l’Islam ?
– On a tendance à voir via les médias que l’islam c’est une religion de terrorisme, mais je vois le contraire grâce à toi.
Petite anecdote : un jour en Travaux Dirigés, j’ai été mise dans un groupe de trois garçons, bon ils me regardaient d’un air «elle va nous manger!»  bref,  j’ai ri à une blague qu’avait faite un des garçons. Puis celui-là me dit d’un air choqué, «oh! Tu rigoles à nos blagues toi ?» j’ai répondu : «pourquoi ? J’ai ton âge, j’ai grandi dans le même pays que toi, …» ensuite il était content, il me dit en sortant de cours: «Tu as la tête voilée, j’avais la face voilée. Merci.» Donc voilà, être étudiante voilée à Lyon 3 ce n’est pas très facile. 

Des témoignages qui montrent qu’en dépit de la volonté de certains politiciens, le port du voile dans les universités françaises est loin d’être un problème, que ce soit pour les administrations universitaires ou pour les étudiants. Bien au contraire, cela permet aux jeunes comme à leurs professeurs d’échanger sur le sujet, de se comprendre et d’avoir un tout autre regard sur les femmes voilées. La France doit apprendre à être fière de ses étudiantes même si elles ne reflètent pas l’image que le pays souhaiterait donner. La communauté musulmane ne peut que déplorer cette nouvelle attaque au nom d’une soi-disant laïcité mais elle peut aussi se réjouir du nombre considérable d’étudiantes musulmanes qui seront les protagonistes de la société de demain.

Crédit photo : François BOUCHON/Le Figaro

2 plusieurs commentaires

  1. il n ya pas de polémique sur le port du voile aux université , cette polémique a été créé de toute pièce par M. Walls profitant du calme médiatique pour occuper l avant scène à des fins personnelles pour ce peopulser sur l ‘avant scène ,

  2. As Salam alaykoum

    Mes soeurs, si vous rencontrer des soucis dans l’enseignement supérieur (fac, IUT, écoles d »ingénieur etc;), qui sont des endroits ou vous pouvez parfaitement porter le hijab, et ou rien ne peux vous l’interdire (hormis durant certains cours pour raison de sécurité).
    N’hésitez pas à faire valoir vos droit en vous faisant aider par des associations de lutte contre l’islamopobie comme le CCIF ( site http://www.islamophobie.net )

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