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Invitation au Djihad… Fin !

Nous achevons notre « Invitation au Djihad » . Pour tous ceux, soucieux de gagner en spiritualité, musulmans ou non. Pour tous ceux qui galvaude le terme djihad et qui diabolise une religion. Pour tous ceux qui veulent en savoir davantage sur la dimension morale qu’englobe l’islam. Constatez par vous-même de la richesse de cette religion, et de la clairvoyance qu’elle apporte sur l’expérience que constitue une vie humaine… La nôtre, la vôtre !

V. La notion de maîtrise de soi

Tout le début de La ilaha ila Allah (il n’y a de dieu que Dieu), le principe de l’Unicité réside en ce principe : maîtrise de soi. Etre avec Allah Le Grand Défenseur pour sortir de soi, transformer un rapport de force intime dans le sens proche d’Allah/maître de soi. Ceci est le vrai combat, qui constitue la véritable et véridique adversité première. D’où l’importance du dhikr (le rappel d’Allah). Car dans l’homme, il y a l’oubli. Qu’est-ce que l’oubli ? L’oubli c’est lorsque quelque chose a pris le pouvoir sur votre mémoire. En effet, quand on a oublié, on a le sentiment d’avoir perdu un peu de pouvoir. Mais à l’inverse quand on se rappelle on sent le pouvoir que cela procure. Lorsqu’on vient vers vous, que ça soit lors d’un examen ou un dossier de travail, ou dans n’importe quelle autre situation et que vous vous souvenez, vous avez du pouvoir « ah je sais ! J’identifie, je maîtrise !». La mémoire est de la maîtrise, L’oubli est une perte de vos capacités. Voilà pourquoi le dhikr est un pouvoir, car elle constitue le rappel, le rappel du Détenteur du Pouvoir Suprême. Par opposition l’oubli est une faiblesse et cette faiblesse va en entraîner une autre : ce sera la faute. La première adversité est cette libération là, la libération du cœur.

Prenez l’exemple du jeûne. Qu’est-ce que le jeûne ?
Il constitue un moment précis, où Allah Le Très Loué te demande si tu es tout à fait conscient de prendre le pouvoir sur ton corps. Car ton corps a un pouvoir sur toi, il y a des moments si il a faim, tu dois répondre à cette faim, s’il a soif, tu dois répondre à cette soif, s’il a des besoins physiques tu dois répondre aux besoins physiques. Ton corps a donc du pouvoir sur toi. Et pendant un mois, du levé du soleil jusqu’à son coucher, Allah Le Magnifié nous demande de nous libérer spirituellement, de prouver ainsi à notre être qu’on sait le maîtriser. Prendre ainsi le pouvoir sur nous-même pour libérer notre cœur de ce que notre corps lui impose.

On devrait jeûner de cette façon ! Prier de cette façon !  Dans cette envie profonde de rechercher cette libération du cœur.

Réussir le plus grand défi de l’Homme : celui de trouver la paix intérieure. Donc toutes ces pratiques ; le jeune, la prière, également l’aumône. Toutes nos prescriptions islamiques relève de cette dimension là : inverser l’ordre du pouvoir pour se libérer et se rapprocher d’Allah Le Très Indulgent. Pourquoi l’aumône ? Parce ce que soit l’argent a du pouvoir sur toi, soit tu as du pouvoir sur l’argent et si tu prends le pouvoir sur ton argent cela signifie que tu sais que sur cet argent il y a un droit des pauvres. 

Tout le « La ilaha ila Allah » (il n’y a de dieu que Dieu) représente cela. Prenez le pouvoir sur vous, en vous rapprochant de celui qui a le suprême pouvoir  « Allah ou Akbar » et le seul moyen pour y parvenir est de lutter contre tout ce qui peut prendre le pouvoir sur vous. Et où mènera cette prise de pouvoir, cette maîtrise de soi ? A quoi va vous menez le djihad al nafs ? Non pas à devenir angélique mais à réussir le plus grand défi de l’Homme : celui de trouver la paix intérieure. Et la paix est atteinte quand notre conscience et notre foi ont pris le dessus sur nos désirs et nos émotions. C’est uniquement là que nous atteignons la paix, quand nous avons pris le pouvoir. Et  cela se définit par un terme en français ? La sérénité. Sérénité atteinte lorsqu’on a su éduquer son âme.

« Les serviteurs du Tout Miséricordieux sont ceux qui marchent humblement sur terre, qui, lorsque les ignorants s’adressent à eux, disent: «Paix»  (Sourate Le Discernement verset 63).

 

VI. Ceux qui marchent d’un pas léger

Lorsque les ignorants les attaques, les serviteurs de Dieu sont ceux qui répondent « Paix », (« Wa Salam Alaykoum »). Où sera la véritable force, selon vous? De ceux qui les ont attaqué ou de la tranquillité du cœur de ceux qui n’ont pas répondu. C’est bien évidemment la tranquillité du cœur de ceux qui n’ont pas répondu. Les serviteurs d’Allah Le Très Sage ont donc acquis une force intérieure qui quand on les attaque répondent « Salam ». Et c’est exactement ce que Le prophète (que la paix et les bénédictions soient sur lui) a fait durant toutes les premières années de la révélation. Se faisant insulter, et ne répondant pas, son silence est la paix. Ainsi ne jamais donner le pouvoir de votre réaction, mais conserver le pouvoir de votre action. Certains l’ont très bien compris et assimilé déjà. Ils cherchent votre point faible pour vous attaquer afin que vous réagissez. Donc parfois, la subtilité sera même de ne pas vous attaquer directement vous car on sait que vous avez les moyens pour gérer sereinement cette attaque, donc on va s’attaquer à quelqu’un que vous aimez pour vous déstabiliser, vos familles, vos prophètes, votre religion.

Et parmi nous, beaucoup ont cette fâcheuse tendance avec le doigt menaçant de clamer: « Tu touches à mon frère ! Tu touches à ma sœur… Tu vas voir!» On croit que cela constitue notre point fort, mais en réalité parler de cette façon nous rend faible. Et certains en jouent de cette faiblesse, savent judicieusement vous attaquez pour anticiper votre réaction. Un exemple connu par tous et très médiatisé : rappelez vous ce qui s’est passé sur un terrain de football… Le joueur qui est en face de Zidane a su très bien manipuler cette faiblesse. Il a eu des propos envers ses proches, dans le but de le voir exploser. Par analogie, voilà donc ce qui se passe continuellement lorsqu’on s’attaque aux musulmans. Et ce qui est très important est de ne jamais donner à autrui, le pouvoir de votre réaction, mais de garder le pouvoir de votre action. Et pour ça il faut avoir une maîtrise de soi qui passe par un travail dans une relation directe avec Allah Le Très Confiant. Vous n’aurez pas le pouvoir de ma réaction, et vous m’insultez, je vous souris. 

Comme cette personne qui jette des ordures tous les jours devant chez le Prophète (que la paix et les bénédictions soient sur lui), jusqu’au jour où il n’y a plus de déchets devant chez lui. L’attitude du Prophète (que la paix et les bénédictions soient sur lui) ne se base pas sur une réaction victorieuse, ou réjouissante d’avoir pris le dessus ! Bien loin de là,très sereinement et paisiblement, il va frapper à la porte et demander pourquoi la personne a cessé de lui jeter des ordures. Rendez-vous compte, il n’est que dans l’action, celle du bien, mais jamais dans la réaction. 

Il est évident que parvenir à ce stade est très difficile, oui il est compliqué de vivre ainsi. Mais le Noble Coran nous enseigne :

« Est-ce que les gens pensent qu’on les laissera dire : « Nous croyons! » sans les éprouver? » 
(Sourate L’Araignée, Verset 2).

L’épreuve de l’adversité est donc la condition sinequanone du développement de votre foi. Le test fondamental est celui-ci. Qui a donc le pouvoir dans votre cœur ? 

VII. Le faux piège

Nous avons des frères et des sœurs pouvant exploser quand on touche à l’islam. Pensant que c’est une force alors que ceci constitue une faiblesse. C’est finalement être aliéné, c’est être uniquement basé sur un rapport de force. Notre sérénité viendra de ce constat qui amènera le travail spirituel qui en découlera. Mais attention, si l’adversité est une condition de votre foi, elle ne doit pas être recherché continuellement. La force sera d’une part de répondre tranquillement à l’adversité et d’autre part, à l’éviter chaque fois que l’on pourra. Parce que certains pensent que plus on est dans l’adversité, plus on est fort. Donc ils sont tout le temps dans le conflit, pour être un bon musulman il faut cogner tout le temps, il faut qu’on soit différent, or ceci n’est pas une force, si on est tout le temps dans l’opposition qui a décidé de notre combat ? C’est eux ! Ceux qui te mettent dans l’opposition ! Mais quand vous n’êtes pas dans l’opposition, quand vous avez une vision, un but, une voie tracée, celle de plaire au Très Haut, celle de privilégier votre relation au Créateur. Etre dans l’opposition n’implique pas d’avoir automatiquement raison, ce n’est pas parce qu’on crie fort que l’on a raison. Il y’a des gens avec qui vous allez pouvoir échanger, néanmoins il y’en a d’autres avec qui il y aura de l’adversité là il faudra que vous vous maîtrisez.

Donc faites bien attention, lorsque Le prophète (que la paix et les bénédictions soient sur lui) quitte La Mecque pour Médine, il avait deux solutions, soit quitter soit avoir un conflit. Mais tant que c’est évitable, il évite le conflit, il ne le veut pas, par tous les moyens il ne le veut pas. Il enseigne la maîtrise de soi et l’évitement du conflit. Nous sommes musulmans, nous sommes donc par définition soumis à Allah Le Pacificateur. On n’est pas là pour le conflit, ce n’est pas ce qu’on veut, on veut la paix nous ! Wa Salam ! Wa Salam ! L’évitement du conflit va même le pousser à commencer par faire de l’éducation en douce, quand bien même il détient la Vérité et est soutenu Par Allah. Le musulman refuse le conflit et ne veut pas leur pouvoir. « Mettez le soleil dans ma main droite, la lune dans ma main gauche je ne m’arrêterai pas ». Peu importe les offrandes prêtes à lui être accordées, il les refuse toutes mais il ne veut pas de conflits pour autant. Et à chaque fois qu’on vient vers lui il finit par se prosterner. Le véritable pouvoir réside dans la prosternation, la recherche de l’apaisement d’un coeur en posant le front sur la terre.

En Occident, et notamment en France, on s’en rend compte continuellement que le rapport à notre présence les fait vivre. Comme si il était nécessaire pour eux d’entretenir ce rapport là. Régulièrement on passe d’une controverse à l’autre, chaque fois, une nouvelle affaire sort : la burqa, l’identité nationale, les minarets, le voile, la viande halal, les prières de rues, les caricatures…

[pullquote_left] »quand on s’indigne, il convient de se demander si l’on est digne »[/pullquote_left]Et puis parmi nous, beaucoup foncent tête baissée, montant les manches, comme si on se trouvait sur un ring de boxe. Une attitude qui est totalement déterminée par le rythme qu’on leur impose. Ceci est ce qu’on appelle la distraction stratégique, c’est-à-dire lorsque vous n’avez pas de vision on vous distrait, on vous met dans une situation d’adversité.  Ce qui n’implique pas qu’il faut pas répondre, mais elle doit être clair, et ce au nom de notre vision et de nos principes, tout en conservant sérénité et rationalité. L’abbé Pierre disait « quand on s’indigne, il convient de se demander si l’on est digne ».

« Ô les croyants ! Soyez stricts (dans vos devoirs) envers Dieu et (soyez) des témoins équitables. Et que la haine pour un peuple ne vous incite pas à être injuste. Pratiquez l’équité : cela est plus proche de la piété. Et craignez Dieu. Car Dieu est certes Parfaitement Connaisseur de ce que vous faites » (Sourate Al Mahida –  Verset 8)

Conclusion : Notre vision, laquelle est-elle ?

Aux serviteurs du Miséricordieux, Ceux qui marchent dans la rue et qui ont une voie et qui disent Paix à ceux qui les attaquent. De manière à sous-entendre, vous n’allez pas me faire dévier de ma voie, j’ai une voie, je sais où je vais, je vais donc pas me laisser distraire par vos attaques car j’ai une force intérieure. Ainsi on se rend compte que plus on est fort intérieurement moins on sera faible extérieurement.

Ayez donc une présence constructive et positive en France, c’est-à-dire très sereinement de faire le bien, de le recommander et d’avoir une contribution sociale, humaine, solidaire. L’islam prend le bien d’où qu’il vienne, prenez donc ce qu’il y a de bien ou que vous soyez. Rejetons le mal et condamnons le, et évitons d’en être acteurs ou complice. Nous sommes musulmans français, qu’on le veuille ou non c’est ainsi. Prenons donc de nos cultures et enrichissons la France de notre générosité d’origine, de ce que nous avons reçu de nos parents, la richesse que témoigne une famille large et soudée! Chez nous, oui, les familles sont nombreuses et se soutiennent, ce n’est pas juste toi, moi et peut-être papa et maman et puis quand papa et maman atteignent 60ans on les enverra dans un centre pour les personnes âgées, au risque de les oublier parfois même. Non ! Nous on va enrichir cette dimension là, ceci constitue notre vision, voilà ce qu’on veut, les gens peuvent critiquer ou faire ce qu’ils veulent, peu importe. On a un combat celui de vivre pour les égalités, pour un meilleur monde et tout ça dans la sérénité, sachant pertinemment que cela demandera du temps, de la patience, une belle patience. Une patience basée sur le travail, on n’est pas patient et on dort, on n’est pas patient et on se laisse attirer par un autre type de pouvoir. Certains disent qui faut être patient et tout en passant leurs soirées devant leur télévision, ceci n’est pas de la patience, c’est de la démission ! C’est se mentir à soi-même. La patience est dans la persévérance et la persévérance est dans l’action, l’action et l’action !

Parmi nous, certains répondent à l’adversité en criant, en braillant, en critiquant, en manifestant mais au final rien de concret, d’abouti en sort. Il faut avoir une vision, celle de vouloir fournir un travail pertinent et concret. Construire des centres, des écoles, faire de l’éducation, faire un travail de fond, agir, être présent autour de soi, ceci constitue la véritable action. Et ainsi, prendre le pouvoir sur nous-mêmes et de travailler au nom d’une vision.

On dépasse donc cette adversité superficielle à laquelle on tend à nous amener et on a une vue longue et on détermine un travail qu’on a à faire.
Premièrement sur l’éducation spirituelle, deuxièmement sur l’éducation intellectuelle car c’est très important de pouvoir répondre. Et quand quelqu’un vous attaque avec le verbe, la violence de son attaque verbale, doit trouver la douceur de votre rapport au verbe. Et ça… ça se travaille !

Le musulman est juste, il est ni oppresseur ni opprimé, mais il se bat contre toute forme d’oppression. Ce qui compte avant tout c’est d’avoir un discours clair, une vision claire et juste. Vous commandez le bien, vous résistez au mal et vous croyez en Dieu. Et au final vous allez peut-être tomber, fléchir, mourir,  mais derrière vous ça continue à marcher. Raison pour laquelle faut se réveiller, il faut avancer et faut éduquer !

Pour vivre dans un meilleur monde, car ils ont beau dire ce qu’ils veulent, croire ce qu’ils veulent, le musulman se bat pour un meilleur monde. Au même titre que tous les humanistes. Nous avons la même finalité que ces gens là. Ce qui nous différencie d’eux sera dans l’intention. Pourquoi on veut un meilleur monde ? Pourquoi nous vous invitons au djihad ? Pourquoi voulez-vous changer les choses ?

Pour satisfaire Le Bienveillant, Le Juste, Le Créateur, L’Excellent Donateur, Le Dominateur Suprême… Celui devant qui nous retournerons.

Qu’Allah récompense ceux qui ont fourni ce travail, ceux qui l’auront lu, assimilé, appliqué et  qu’Il nous aide à réussir le test de notre vie… Amin.

Il s’agit d’un compte-rendu d’une conférence s’intitulant « la sérénité face à l’adversité ». Voici l’accès à la vidéo :

La Sérénité Face à L’adversité Par le professeur Tariq Ramadan.

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