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Etat d'urgence : quand la paranoïa mène le Ministère de l'Intérieur aux assignations les plus folles
Halim Abdelmalek, désassigné par le Conseil d'Etat. Crédit photo : Le Monde / Antonin Sabot

Etat d’urgence : quand la paranoïa mène le Ministère de l’intérieur aux assignations les plus folles

Jeudi 18 février, le journal Le Monde a révélé dans ses Grands Formats, l’histoire d’Halim Abdelmalek désassigné. Accusé d’avoir fait des repérages près du domicile d’un membre de Charlie Hebdo, l’homme sera assigné à résidence par le Ministère de l’intérieur.

Un document anonyme et non sourcé

Pour les autorités, étayer une accusation basée sur un document anonyme et non sourcé est assez suffisant pour assigner un individu à son domicile. Dans cet arrêté, Halim Abdelmalek est accusé d’avoir fait du repérage près du domicile d’un membre de l’équipe de Charlie Hebdo mais aussi d’appartenir selon les autorités à « une mouvance islamiste radicale ». Une accusation dont le Ministère de l’intérieur n’a pu fournir en réalité aucune preuve, si ce n’est une suspicion totalement paranoïaque. En effet, si l’homme est devenu malgré lui une victime d’un système paranoïde et liberticide est dû à un concours de circonstances schizophréniques.  Halim se trouvait bien près du domicile de l’un des membres de l’équipe Charlie Hebdo, car celui-ci habite non loin de chez sa mère, chez qui il se rendait. Mais au même moment, il était aussi au téléphone en mode haut parleur avec sa femme. A la suite de ces circonstances, l’assignation sera ordonnée par les autorités le 15 novembre pour une durée de 68 jours. Une durée pendant laquelle l’homme est également soumis au pointage obligatoire, trois fois par jour au commissariat. Conséquemment, l’atmosphère kafkaïen a plongé l’homme dans l’angoisse qui a vu sa vie basculer sous le contrôle d’un système qui base ses accusations sur des barbes, des haut-parleurs activés, des mouvances qui ne trouvent existence que sur des arrêtés…

Je n’avais plus prise sur ma vie, je me sentais démuni de mes facultés, avec le sentiment qu’en plus de voler ma dignité , ils me volaient ce que j’avais mis des années à construire : une famille, une société…Aujourd’hui, il faut que je me désassigne.

Arrêté suspendu par le Conseil d’Etat

Dans le cas d’Halim Abdelmalek, la décision de suspendre l’arrêté d’assignation est une première depuis la mise en place de l’état d’urgence. En plus de cette suspension l’Etat a été condamné à verser 1 500 euros en dédommagement, soit 22 euros pour chaque jour d’assignation à résidence. A la tête d’une petite société, Halim Abdelmalek doit cependant faire face aux lourdes conséquences d’une telle mesure ; deux des ses employés ont quitté le navire, une pénalité financière dû au retard de sa déclaration annuelle, plus un manque à gagner.

Désormais, si l’homme se dit pas encore près à reprendre les commandes de son entreprise, il se sent suffisamment d’attaque pour venir en aide à ceux qui comme lui sont devenus des victimes de la dérive provoquée par l’état d’urgence. S’étant rapproché du Collectif contre l’islamophobie en France, il vient d’ouvrir une page Facebook « Paroles d’assignés à résidence sous l’état d’urgence ».

Cette lutte contre le terrorisme, sur le sol français se solde par d’innombrables échecs dont elle très largement source d’abus causant des traumatismes individuelles mais aussi sociétales.

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