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Entretien avec le SIF : les réfugiés du monde

Les guerres, la famine, les conditions de vie poussent des âmes en détresse à quitter leur pays natal. Une partie de ceux-ci arrivent à bon port dans une contrée où il sont plus ou moins les bienvenus, on les appelle les réfugiés. Nous sommes allés à la rencontre du Secours Islamique France pour comprendre la vérité du terrain, qui sont ces réfugiés, d’où viennent-ils, où vont-ils… pourquoi ? Et tant d’autres questions.

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K : Assalamou ‘alaykoum Imed El Qouqi, vous représentez le Secours Islamique France en tant que chargé de campagnes. Tout d’abord, nous souhaiterions avoir une définition « humanitaire » du terme « réfugié ».

SIF : On appelle Réfugié toute personne obligée ou contrainte de fuir son foyer ou son lieu de résidence habituel notamment en raison d’un conflit armé, de violences généralisées, de violations des droits de l’homme ou de catastrophes naturelles ou provoquées par l’homme ou pour en éviter les effets, et qui a franchi les frontières internationalement reconnues d’un État. La différence avec un « déplacé » repose sur le fait que ce dernier reste à l’intérieur de son pays et ne franchit pas les frontières.

 

K : De manière générale, d’où proviennent-ils et pour quelles raisons fuient-ils ? Quels pays sont les plus ouverts à l’accueil en terme de chiffres et vice versa ?

SIF : On considère que 80 % des réfugiés proviennent des pays du Sud. Autrefois en Asie et en Afrique, le déplacement massif de population s’opère désormais dans le Proche-Orient. Les Syriens occupent aujourd’hui la première place avec le triste record de 3 807 580 réfugiés et de 7 600 000 déplacés. Quant aux réfugiés afghans au Pakistan, ils représentent la seconde population de réfugiés la plus importante au monde.

Une chose que l’on ne sait pas habituellement : au Liban, 1 habitant sur 4 est un réfugié syrien. Imaginez en France, plus de 15 millions de réfugiés sur son territoire, c’est impensable !
En valeur absolue,  le Pakistan, avec l’accueil des réfugiés afghans victimes des années de guerre dans leur pays, est le premier pays d’accueil. Phénomène récent avec la crise syrienne, la Turquie occupe la seconde place avec pas moins de 1 800 000 réfugiés syriens sur son sol.
Et on ne parle pas des réfugiés somali (Kenya, Ethiopie), des réfugiés sud soudanais (Soudan, Ouganda, Ethiopie et Kenya), des réfugiés centrafricains (Tchad et Cameroun), récemment des réfugiés nigérians (Niger Cameroun et Tchad)…. La liste est longue et elle suit la liste des conflits….

 

K : Ce que voudrait comprendre le lecteur est quelque part la vérité du terrain. Pour ceux qui arrivent à bon port, qu’en est-il ? Comment sont-ils traités dans les pays où ils atterrissent ? Les pays d’accueil ont-ils des infrastructures dignes, suffisantes et dédiées ?

SIF : A bon port, ce n’est pas toujours le cas notamment pour les plus vulnérables que sont les enfants et les personnes âgées. Nombreux sont celles et ceux qui décèdent au cours de leur fuite. Pour les populations qui parviennent à destination, la vie est très difficile pour eux. C’est l’inconnu qui les attend. Du jour au lendemain, elles se retrouvent sans famille, sans maison, sans ressources financières, sans rien…

On peut résumer l’itinéraire d’un réfugié de la manière suivante :
Les personnes quittent le pays pour se réfugier dans des pays souvent voisins.
Elles sont provisoirement amenées dans des camps de transit où ils attendent de se faire enregistrer comme réfugiés.

Les réfugiés sont enregistrés et reçoivent une carte qui confirme leur statut de réfugiés.
Ils sont amenés dans des camps fixes (parfois pendants des années)
Un réfugié ne peut pas en principe travailler, ils tentent de survivre.

Pour les réfugiés, ce n’est pas facile de s’adapter et s’intégrer dans un environnement totalement inconnu. Les populations des pays hôtes ne voient pas toujours d’un bon œil leur présence puisque ces derniers exercent une pression sur les services sociaux de base en matière de santé, d’éducation, d’approvisionnement en électricité et en eau ou encore de gestion des déchets. Il s’ensuit une augmentation du prix des produits alimentaires de base et des loyers, conséquence inévitable de la hausse de la consommation et de la demande de logement. Il en est de même sur le marché du travail où la main-d’œuvre moins chère en provenance de Syrie tire les salaires vers le bas.

Il faut bien comprendre que dans la grande majorité des cas ce phénomène se développe dans des pays en voie de développement qui ne sont pas toujours bien préparés à accueillir des vagues de population surtout si elles sont importantes et si elles arrivent de manière brutale. Il faut, pour que ces nouveaux venus soient acceptés par la population locale, aider également ces communautés d’accueil en renforçant par exemple les infrastructures qui bénéficieront à tous.

On peut citer le cas du Liban qui n’est plus en mesure de supporter le poids de la crise des réfugiés de Syrie. L’arrivée des réfugiés modifie l’équilibre fragile entre les communautés risquant ainsi de rompre cet équilibre et d’engendrer un conflit.

En février 2014, une vingtaine de pays européens avaient répondu à l’appel lancé par l’UNHCR1 en s’engageant à accueillir plus de 18 800 réfugiés de Syrie. La France a pour sa part promis la réinstallation de seulement 500 réfugiés de Syrie.

 

K : On comprend que la condition de vie du réfugié n’est pas tant rose une fois qu’il a fui son pays d’origine. C’est là une vous intervenez. Racontez-nous vos actions en ce qui concerne le soutien aux réfugiés.

SIF : On agit sur 4 besoins prioritaires des populations :
-Fournir les aliments de base
-Approvisionner en eau potable via les camions citerne ou en réhabilitant les points d’eau
-Protéger les populations contre la propagation des maladies
-Offrir un toit temporaire ou semi-temporaire

En période de froid, notamment en Syrie et au Liban, on est également amené à offrir le matériel et les fournitures nécessaires aux populations pour se chauffer. De la distribution de matelas et de couvertures en passant par les poêles à fuel. Mieux encore, nous travaillons à l’isolation des logements qui ont été endommagés et dans lesquels nous abritons des centaines de familles.

 

K: Concrètement, si demain je veux aider financièrement. Que puis-je faire selon ma bourse ?

SIF : Peu importe le montant de votre don, il servira à financer nos projets en faveur des réfugiés. Et l’argent est plus efficace que des dons en nature. Pour vous donner quelques exemples, vous pouvez offrir à une famille :
-Un kit d’hygiène à partir de 35 €
-Un colis alimentaire à partir de 50 €
-Un kit abri d’urgence à partir de 215 € (40 poutres en bois, 8 tôles, 8 contreplaqués, 7 boîtes de clous, 1 colle, 1 scie, 1 marteau et 1 pelle)

Ce sont bien entendu des exemples à titre indicatif mais les coûts moyens peuvent varier d’un pays à un autre.
Par exemple, au Tchad pour les réfugiés centrafricains : Construction d’abris, distribution de nourriture et de matériel de cuisine et activités en lien avec l’eau et l’assainissement (construction de toilettes et forages de puits)
Au Liban pour les réfugiés syriens : Réhabilitation d’abris (buildings désaffectés, bâtiments agricoles…), distribution de colis alimentaires, distribution de non vivres (couverture, matelas, matériel de cuisine, combustible pour le chauffage…).

 

K : On sait que les causes humanitaires sont nombreuses aux quatre coins du globe, le SIF agit aussi bien sur le long terme que dans l’urgence. Le cas des réfugiés vous a poussés a débloqué quelle somme  ? (si c’est pas indiscret mais le lecteur a besoin de savoir l’argent que vous mettez)

SIF : Effectivement, nous travaillons dans des opérations d’urgence mais également dans des projets de développement. C’est le cas des projets de sécurité alimentaire au Sénégal avec l’élevage de chèvre, au Pakistan avec le soutien aux activités maraichères, à Madagascar avec le développement de la riziculture, au Tchad et au Maroc avec l’accès à l’eau potable et aux installations sanitaires, etc.
Pour ce qui est des budgets débloqués en 2014 en faveur des réfugiés et déplacés syriens par exemple, nous avons débloqué 3 363 684 €1. Si on prend le cas des réfugiés centrafricains au Tchad par exemple, nous avons soutenu des projets d’urgence à hauteur de 228 961 €2. Globalement, les montants sont importants car les besoins sont importants et nous remercions la générosité des donateurs. Sans vous, ces projets ne pourraient pas exister.

 

K : Que deviennent ces réfugiés que vous cotoyez ? a quoi aspirent-ils ? Emigrer, se sédentariser ou revenir chez eux ?

SIF : Il n’ya pas un cas semblable à un autre : on peut citer les réfugiés palestiniens qui sont pour certains réfugiés depuis plus de 60 ans ou les Afghans au Pakistan qui sont réfugiés depuis une trentaine d’années mais nous avons aussi connu le cas des Albanais du Kosovo qui ne sont restés que quelques mois. Il ne faut pas oublier que ce sont des départs forcés, ils ne voulaient pas partir, ils ont dû partir car leur vie et celle de leur famille était en danger. Leur souhait le plus cher est de rentrer le plus rapidement possible et de reprendre leur vie là où ils l’ont laissée, retrouver leur maison, leurs voisins, leur école et leur commerce. Mais au vu de certaines situations difficiles, beaucoup ne se font pas d’illusion et sont inquiets de leur avenir incertain.

La préoccupation principale des réfugiés est la sécurité. Nos enquêtes ont montré que certains souhaitent obtenir l’asile dans un pays plus stable notamment en Europe. Voici le témoignage de Nour, 41 ans, réfugiée à Saida : « Nous avons peur que la guerre nous rattrape au Liban. Nos sacs sont faits, nous sommes prêts à partir à tout moment au cas où la sécurité se détériorerait. Nous aimerions obtenir l’asile dans un pays sûr en Europe ».

D’autres cas en Turquie ont révélé une toute autre adaptation des Syriens à leur environnement local. Les Syriens en Turquie ne sont plus des réfugiés qui attendent que la guerre prenne fin, mais des immigrants prêts à écrire un nouveau chapitre de leur vie. Ils reçoivent maintenant une carte d’identité qui leur donne accès à des services élémentaires, tels que des soins de santé préventifs et l’éducation. On voit apparaître et prospérer une communauté d’entrepreneurs syriens. Beaucoup sont installés à Gaziantep, Kilis et Urfa, trois villes frontalières avec la Syrie. Plus de 50 000 Syriens y ont créé des écoles syriennes et des centaines d’entreprises, ainsi que d’autres lieux qui leur rappellent leur pays natal.

K : Il est essentiel pour la France, par exemple, de prendre des résolutions pour accueillir davantage de réfugiés sur son sol. Avez-vous fait des demandes aux dirigeants du pays en ce sens, ont-elles été entendues ?

SIF : Avec nos partenaires humanitaires, nous avons plusieurs fois alerté les autorités françaises sur le besoin urgent d’accueillir davantage de réfugiés syriens notamment lors de rendez-vous au Ministère des Affaires Etrangères, de courriers au Ministère de l’Intérieur ou d’appels lancés dans Le Monde pour interpeller directement le Président de la République. Nous regrettons que nos demandes n’aient toujours pas été entendues puisque, d’après un rapport du Conseil de l’Europe, sur les 500 réfugiés vulnérables (identifiés par le UNHCR) que la France s’était engagée à accueillir en octobre 2013, seulement moins de la moitié d’entre eux avaient été réinstallés en France en septembre 2014. Sur 3,8 millions de réfugiés de Syrie au total, c’est dérisoire!

K : Finalement, la situation est urgente avec le froid, de quoi le SIF a-t-il besoin pour améliorer la condition des ces oubliés ?

SIF : D’une prise de conscience générale que la situation ne peut pas continuer ainsi, dans l’indifférence ! Les réfugiés ne sont pas partis de leur pays pour des raisons économiques mais parce que leur vie était en danger ! Ils ont besoin de protection et nous devons dans la mesure du possible la leur fournir. Par exemple, dans tout le Proche-Orient, l’hiver est connu pour être très rude. Nous soutenons les réfugiés syriens en ce moment-même au Liban à travers la distribution de matelas, couvertures et de bourse afin d’aider les familles à acheter du fuel pour se chauffer.
Nous avons besoin du soutien de tous pour poursuivre nos actions : construire des abris et des toilettes, distribuer de l’eau potable nécessitent de l’argent pour un travail de qualité.
Nous comptons sur la générosité des donateurs qui n’a jamais failli. Encore merci à eux.

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