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France : entre islamophobie et ignorance

Islamophobie. Depuis que ce mot est entré dans le jargon, bien que repoussé par beaucoup pour sa sémantique, il ne se passe pas un jour sans que nous  n’en fassions usage. La France, ce vaste pays démocratique, connaît depuis ces derniers mois des épisodes écarlates et tumultueux où le musulman n’occupe plus -seulement- l’actualité en tant que « jihadiste-terroriste-intégriste », comme on tend à le rabâcher, mais comme victime. Victime, en réalité, il l’a toujours été mais ce n’est que maintenant que la communauté musulmane française semble mieux armée et disons-le, plus intrépide, car le phénomène est perçu et dénoncé avec un mot : islamophobie.

Si l’on devait donner un sens vulgarisé à ce terme, on obtiendrait du « racisme contre les musulmans ou l’islam ». La France, raciste donc ? En soi, considérer tout un peuple raciste reviendrait à opérer de la même manière qu’une certaine entité que l’on pointe du doigt. Non, la France n’est pas raciste mais dans ses racines les plus profondes, son passé lié aux Croisades ne semble pas être digéré par certains Gaulois, s’estimant plus Gaulois qu’Astérix, et donc plus Français que le naturalisé, plus Français que le métissé, plus que l’autre et plus, a fortiori, que le musulman. Un type de misanthropie provenant en premier lieu de la peur.

Il est connu de tous que le préjugé conditionne l’être et sa pensée. Tel un esclave enchaîné, l’a priori joue son rôle lobotomisant et inhibant sur l’être. De cette méconnaissance de l’autre, naît cette phobie bousculant tout raisonnement sensé. Le facteur primaire est inconditionnellement l’outil médiatique et son incapacité à retranscrire une information brute et épurée de tout favoritisme. Audience oblige.

Vient ensuite, intimement liée au point précédent, l’ignorance. La peur et l’ignorance vont de paire, l’une conforte l’autre quand elle faiblit. Lorsqu’on a peur, même du noir, on cherche des solutions pour se réconforter. Cela est valable pour toutes les phobies, infantiles ou adultes. La peur du musulman ou de l’islam se nourrit de la totale inculture et les moyens trouvés pour y palier ne sont pas thérapeutiques hélas, mais offensifs et démesurés. L’attaque, l’intolérance et le refus de considération sont les phénomènes observés. La médiation ou la recherche de compréhension n’existant pas ou peu, le passage à l’acte est alors l’étape suivante.

Concrètement, en quoi le voile islamique peut-il être une atteinte à la cohésion sociale ? En quoi s’érige-t-il comme un rempart entre les communautés ? Quelle atteinte constitue-t-il vis-à-vis des non musulmans ? En rien il n’est un élément de prosélytisme dans une société dite garante des convictions religieuses et des pratiques, il n’est pas non plus un outil de propagande invitant toutes les passantes à se plier à la loi d’Allah ou à ne pas exister et finalement, il ne représente pas une fracture sociale -si ce n’est celle qu’on lui attribue injustement et systématiquement- ni pour la femme qui le porte, ni pour son vis-à-vis qui l’observe. D’où vient alors ce malaise ?

Un troisième point se dégage de cette réflexion : la crainte de l’islamisation. On a peur de voir se modifier le paysage français, et que demain la rue soit pleine d’étrangers qui soient différents de la souche judéo-chrétienne bien ancrée et représentée, qui elle ne doit surtout pas disparaître. L’Islam n’invite pas à éradiquer de la Terre ceux qui ne voudraient pas de lui comme religion, « à vous votre religion, à moi la mienne ». Mais comment se peut-il que le musulman accepte la religion d’autrui si la sienne est constamment pointée du doigt et sa pratique conspuée ? Et de là découle une autre réalité qui est l’amalgame. On considère l’arabe comme musulman et vice versa. On colle alors à tous les folklores et dépassements l’empreinte musulmane et l’alibi idéal est tout trouvé : l’Islam. L’Islam inviterait donc à tuer sans scrupule, selon ceux qui lisent le Coran comme ils lisent Mein Kampf. L’Islam aurait le projet d’asservir les femmes et d’enrôler les enfants dans des sectes afin de lobotomiser leur petit cerveau innocent et d’en faire de la chaire à canon. Que de balivernes pour trouver une excuse, l’excuse au manque cruel de raison.

On ne peut être qu’inquiet de voir le deux poids deux mesures quotidien à l’encontre du citoyen de confession musulmane. Les actes islamophobes à l’encontre des femmes se multiplient, les discriminations au travail, à l’école et dans les lieux publics. Le nombre d’agressions explose tout comme le vandalisme et les profanations. La France serait-elle amnésique ou avocate du diable ? Elle semble avoir oublié certains passages de sa triste Histoire, certaines guerres et certaines pertes humaines. Aujourd’hui, on ne peut rester qu’effaré devant ce silence radio du gouvernement se disant garant des droits de tout citoyen contre toute atteinte.

Si la France n’est pas le pays du racisme, elle demeure actuellement en retard dans la lucidité et l’action. Les propos insultants contre les musulmans, proférés par des milliers d’internautes imbus de leur personne voire des politiques véreux, ne cessent de pulluler. Quand est-ce que la France comprendra que l’Islam est à sa place, en son temps et qu’il compte bien le rester, et ce en privilégiant le pacifisme inter-communautaire ? Espérons assez vite.

 

Crédit Photo : LePoint.fr

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