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Nos frères les Rohingyas

Nettoyage ethnique, extermination, massacre, les mots sont aussi nombreux que terrifiants pour désigner ce qu’il se passe en Birmanie. Et ce depuis des décennies. Savons-nous seulement situer la Birmanie sur une carte ? La plupart d’entre nous répondrons vaguement à la question. Alors si le simple fait de chercher à localiser un point sur une mappemonde, juste par acquis de conscience, ne nous a pas réellement paru necessaire, qu’en est-il du fait de vraiment s’interesser à la question et agir au possible ? Notre communauté va mal, et ce sont les plus faibles qui le paient… en premier.

Qui sont les Rohingyas ?

Les rohingyas sont des descendants de soldats et commerçants arabes, mongols, turcs, perses, ou même portugais. Bref, un melting-pot transgénérationnel dans toute sa splendeur.

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Ils composent aujourd’hui une communauté de musulmans qui vivent dans l’état d’Arakan, une subdivision administrative de la Birmanie. Rappelons d’ailleurs que la Birmanie est composée de sept états distincts. L’état d’Arakan accueille donc les rohingyas d’un côté, et les arakanais, de l’autre. Ces derniers sont bouddhistes. Autre détail géographique, mais qui a son importance, c’est que l’état d’Arakan, ou Rakhine comme l’appelle le gourvenement actuel, est isolé du reste du pays par la présence de la chaîne montagneuse de l’Arakan. De quoi se permettre bien des choses.

Explication d’un massacre inexplicable

Le 20 mars dernier à Meiktila, un commerçant musulman et un client bouddhiste se disputent violemment. Et c’est l’escalade de la violence à l’encontre des musulmans de la région. Ou plutôt devrions-nous dire, une nouvelle escalade, car ce n’est pas la première. Selon les Nations-Unies, les rohingyas seraient l’une des communautés les plus persécutées au monde. Suite à cette malheureuse dispute, entre autres, le lynchage à mort d’une vingtaine de musulmans par des birmans hystériques.

ashin-wirathu-man-behind-the-muslim-massacare-in-myanmar[1]Des bouddhistes d’une part, des musulmans de l’autre. Sur le papier, cela donnerait la même impression qu’un lâcher de colombes. Un sentiment de paix. Oui car dans notre imaginaire, le bouddhiste c’est le gentil monsieur au crâne rasé et à la robe orange qui passe ses journées à prier, méditer et aimer les autres. Mais là, on parle de moines rakhines. Ils sont beaucoup moins disposés à méditer car d’après l’un des leurs, Ashin Wirathu (cf. photo) : « Nous, les bouddhistes birmans, sommes trop doux » . Et donc, de ce fait, il a décidé de créer le mouvement 969. Le but de ce mouvement clairement islamophobe est de rendre la vie impossible aux musulmans de Birmanie. Par exemple, en incitant la population non musulmane, soit 75% environ, à consommer « bouddhiste ». Les commerces et autres échoppes solidaires de ce mouvement honteux affichent alors fièrement un logo sur leurs devantures. Mais ce mouvement sème la terreur. Ashin Wirathu, surnommé LES MUSULMANS CIBLES DE VIOLENCES BOUDDHISTES EN BIRMANIEinjustement le « Benladen birman » (comme si Benladen s’en était également pris à plus faible que lui), se défend de toute cruauté car selon lui « les musulmans, sont de bons commerçants, ils contrôlent le transport, la construction. Maintenant, ils prennent le contrôle de nos partis politiques. Si ça continue, nous finirons comme l’Afghanistan ou l’Indonésie. » En gros, les méchants ce sont les rohingyas dont le rêve ultime serait de « s’emparer de la nation bouddhiste du Myanmar  (Birmanie en birman) et détruire le bouddhisme ».  La découverte de 4 fosses communes dans l’état de l’Arakan ne serait qu’anecdotique. (crédit photo : 20 mars 2013/REUTERS/Soe Zeya Tun)

Et Aung San Suu Kyi dans tout ça ?

birmanie-bouddhiste-rohingyas-persecutes-L-OpiGGn[1]A quoi bon rafler une floppée de récompenses et consécrations, dont un prix Nobel de la Paix en 1991, si c’est pour assister muette à un tel massacre quelques années plus tard ? Aung San Suu Kyi, grande figure de l’opposition birmane, a certes maintes fois prouvé son courage et sa determination. Sa loyauté à l’égard de son pays n’est plus à démontrer. Alors quoi ? Son silence nous vrille les tympans.

Peut-être que comme beaucoup de birmans, considère t-elle les rohingyas comme de simples immigrés clandestins, puisque déchus arbitrairement de leur nationalité birmane depuis 1982. Ou alors, l’ambition aura réussi à museler une bouche que même la repression militaire n’avait pas réussi à faire taire. Les elections législatives de 2015 ne sont guère loin, tandis que les rohingyas, eux, sont bien cachés derrière la chaîne de l’Arakan, à l’abri des regards. Mais il en est Un qui voit tout.

« Les croyants ne sont que des frères. Etablissez la concorde entre vos frères, et craignez Allah, afin qu’on vous fasse miséricorde »
(souate 49 verset 10)

A lire : Nous les innommables, un tabou birman par Habiburahman et Sophie Ansel. Steinkis

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