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origine du voile

Le voile et la France : Origines et raisons d’un rejet

Étrange comme cette affiche de propagande réalisée par l’armée française et destinée aux populations colonisées d’Algérie apparaît encore si tristement actuelle.

Et si… le combat d’aujourd’hui pour l’abandon de son voile par la femme musulmane en France était simplement l’écho d’une méthode colonialiste abjecte, reflet d’un complexe de supériorité purement occidental et découlant d’un passé peu reluisant ? 

Ce voile, enjeu d’une bataille grandiose

« Depuis les années 1930-1935, le combat décisif est engagé. Les responsables de l’administration française en Algérie, préposés à la destruction de l’originalité d’un peuple, chargés par les pouvoirs de procéder coûte que coûte à la désagrégation des formes d’existence susceptibles d’évoquer de près ou de loin une réalité nationale, vont porter le maximum de leurs efforts sur le port du voile. C’est à partir des analyses très sérieuses, de sociologues et ethnologues, que les spécialistes des affaires dites indigènes et les responsables des Bureaux arabes coordonnent leur travail.

Ayons les femmes, le reste suivra

L’administration coloniale définit une doctrine politique précise : « Si nous voulons frapper la société algérienne dans sa contexture, dans ses facultés de résistance, il nous faut d’abord conquérir les femmes ; il faut que nous allions les chercher derrière le voile où elles se dissimulent et dans les maisons où l’homme les cache. » Le bon colon veut défendre la femme humiliée, mise à l’écart, cloîtrée… On décrit les possibilités immenses de la femme, malheureusement transformée par l’homme algérien en objet inerte. Le comportement de l’Algérien est dénoncé très fermement et assimilé à des survivances moyenâgeuses et barbares : « On veut faire honte à l’Algérien du sort qu’il réserve à la femme. »

Les valoriser pour mieux les contrôler

Les femmes algériennes sont invitées à jouer un « rôle fondamental, capital » dans la transformation de leur sort. On les presse de dire non à une sujétion séculaire. On leur décrit le rôle immense qu’elles ont à jouer. Après avoir posé que la femme constitue le pivot de la société algérienne, tous les efforts sont faits pour en avoir le contrôle. Convertir la femme, la gagner aux valeurs étrangères, l’arracher à son statut, c’est à la fois conquérir un pouvoir réel sur l’homme et posséder les moyens pratiques, efficaces, de déstructurer la culture algérienne.

L’Algérie accepte le viol du colonisateur

Les raisonnements racistes surgissent avec une particulière aisance. Chaque voile rejeté découvre aux colonialistes des horizons jusqu’alors interdits, et leur montre, morceau par morceau, la chair algérienne mise à nu. Chaque nouvelle femme algérienne dévoilée annonce à l’occupant une société algérienne aux systèmes de défense en voie de dislocation, ouverte et défoncée. Chaque voile qui tombe, chaque corps qui se libère de l’étreinte traditionnelle, chaque visage qui s’offre au regard hardi et impatient de l’occupant, exprime en négatif que l’Algérie commence à se renier et accepte le viol du colonisateur. »

Ces analyses de Fanon ne sont pas sans rappeler les batailles engagées contre le voile aujourd’hui en France… Il suffirait de changer « Algérien » par « Musulman » et « colonisateur » par « élu français » pour être un peu plus éclairé sur les enjeux et objectifs de la lutte anti-voile actuelle.

L’histoire se répète, surtout lorsque dans l’inconscient collectif à demi endormi l’on a enterré les restes d’un semblant d’honnêteté intellectuelle. Alors ne serait-il pas temps de procéder à une autocritique salutaire et salvatrice des dérives ayant eu lieu dans une « Algérie française » dont les autorités, n’ayons pas peur de le dire, cultivaient avec brio et acharnement un racisme aussi bête qu’écœurant. 

 

Source, référence et citations :  L’an V de la révolution algérienne, de Frantz Fanon (psychologue, penseur et écrivain français)

3 plusieurs commentaires

  1. salam
    baraka fik pour se rapel et cette comparaison qui m’avait échapé.je comprend mieux maintenant cette loi sur le voile .la FRANCE D’hier; LA france d’aujourd’hui; celle de demain??????????????????.

  2. As Salam alaykoum

    Mes soeurs, si vous rencontrer des soucis dans l’enseignement supérieur (fac, IUT, écoles d’ingénieur etc, commerce etc.), qui sont des endroits ou vous pouvez parfaitement porter le hijab, et ou rien ne peux vous l’interdire (hormis durant certains cours pour raison de sécurité).

    Ou au travail, dans les centres de formations , à la mairie, sur internet, dans l’administration etc.

    N’hésitez pas à faire valoir vos droit en vous faisant aider par des associations de lutte contre l’islamophobie comme le CCIF ( site http://www.islamophobie.net )

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