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Rachel Corrie, 14 ans après…

L’état d’Israël, connu pour ses « méthodes » loin d’être pacifiques, ne se contente pas d’agir de la sorte qu’avec le peuple palestinien, mais aussi avec des internationaux, défenseurs de la cause palestinienne. Rachel Corrie était l’une de ces activistes, jusqu’à ce qu’elle soit assassinée par l’armée israélienne il y a 14 ans jour pour jour…

Qui était Rachel ? 

Rachel Corrie, américaine de 23 ans, originaire  d’Olympia, près de Washington, et militante de l’ISM (International Solidarity Movement) est morte  dans la bande de Gaza, écrasée par un bulldozer de l’armée israélienne le 16 mars 2003, alors qu’elle protestait de manière non-violente, en tentant d’empêcher  la démolition d’une maison palestinienne par les forces israéliennes. Elle était partie fin janvier 2003 s’installer à Rafah, dans le sud de la bande de Gaza, avec 7 autres volontaires américains et anglais de l’ISM, afin d’être des boucliers humains entre l’armée israélienne et la population palestinienne.

En tant que militante, elle s’était exprimée à de nombreuses reprises sur les injustices qu’elle a pu voir dans la bande de Gaza.

«Je me sens comme un témoin de la destruction systématique de la capacité d’un peuple à survivre. C’est horrible … Parfois, je m’assieds à dîner avec les gens et je me rends compte il y a une énorme machine militaire qui nous entoure, en essayant de tuer les gens avec qui je vais dîner. « 

Rachel, qui depuis son plus jeune âge souhaitait aider les autres, et se battre contre les injustices.

« Je suis en Palestine depuis deux semaines et une heure, et les mots me manquent encore pour décrire ce que je vois », raconte Rachel Corrie dans un courriel envoyé le 7 février 2003 à sa famille , aux Etats-Unis. « Je ne sais pas si beaucoup d’enfants ici ont jamais vécu sans  voir des trous d’obus dans leurs murs et les miradors d’une armée d’occupation les surveillant constamment depuis les proches alentours », déplore-t-elle, prenant pour la première fois conscience de l’enfance privilégiée qu’a été la sienne.

Rachel, dont les assassins israéliens ont été acquittés, et que sa famille pleure encore tout en honorant sa mémoire et en souhaitant que perdure son combat.

Quel est le rôle de ces militants internationaux ?

  Prônant l’action directe et non-violente, les volontaires internationaux de l’ISM sont conscients des risques qu’ils prennent, mais se pensent protégés par leur passeport étranger et souhaitent faire bénéficier les Palestiniens de cette protection. « Personne ne peut imaginer ce qu’il se passe avant de l’avoir  vu – et même alors, on a toujours conscience que notre expérience ne reflète pas la réalité : du fait des difficultés auxquelles l’armée israélienne serait confrontée si elle tuait un citoyen américain non-armé ; du fait que j’ai, moi, les moyens d’acheter  de l’eau quand l’armée détruit des puits et surtout parce que j’ai la possibilité de partir », raconte ainsi Rachel Corrie dans un  courriel envoyé le 7 février.

Mais le 16 mars 2003, Rachel Corrie va mourir sous les chenilles d’un bulldozer de l’armée israélienne alors qu’elle tentait d’empêcher la destruction de maisons. Première volontaire étrangère tuée par l’armée israélienne dans la bande de Gaza, Rachel Corrie est devenue un symbole de la mobilisation internationale en faveur des Palestiniens. Une pièce de théâtre basée sur ses écrits personnels a été jouée dans plus de dix pays ; l’un des bateaux engagés dans la flottille Free Gaza, le MV Rachel Corrie, porte son nom.

Rachel Corrie va  vivre pendant plusieurs semaines le quotidien des habitants de Rafah, qui l’hébergent et la choient en signe de gratitude. « J’ai très peur pour les gens ici. Hier, j’ai vu un père emmener  ses deux petits enfants, qui lui tenaient la main, hors de portée des tanks, des snipers, des bulldozers et des jeeps parce qu’il pensait que sa maison allait exploser. Jenny et moi sommes restées dans la maison avec plusieurs autres femmes et deux petits bébés. (…)

J’étais terrifiée à l’idée de penser que cet homme trouvait moins risqué de marcher à portée des viseurs des tanks avec ses enfants que de rester chez lui. J’ai vraiment eu peur qu’ils soient tous abattus et j’ai essayé de rester postée entre eux et le tank »,

raconte-t-elle dans un courriel adressé à sa mère, le 27 février. Chaque jour, Rachel et les autres volontaires s’interposaient ainsi entre la population palestinienne et les tanks, les bulldozers ou les tireurs d’élite de l’armée israélienne. Des images qui la poursuivent la nuit, raconte-t-elle, dans ses cauchemars mais l’adrénaline a toujours raison de sa peur. Dans son dernier mail, envoyé le 28 février 2003 à son père, elle lui dit : « Ne t’inquiète pas trop pour moi, pour le moment je suis plus inquiète par le fait que nous ne soyons pas très efficaces. Je ne me sens pas particulièrement en danger. »

Retour sur le 16 mars 2003

Le 16 mars 2003, Rachel Corrie essaie avec les autres membres de son organisation d’arrêter pacifiquement la démolition de la maison d’un médecin palestinien par deux bulldozers D9 dans le quartier de Hi Es Salam, à Rafah.« Rachel se tenait devant la maison d’une famille dont elle était très proche. Depuis trois mois un Européen ou un Américain y dormait chaque nuit, et Rachel y avait elle-même passé plusieurs nuits », raconte Dreg Sha, un autre volontaire présent sur les lieux.

Vêtue d’un gilet orange  fluo et équipée d’un haut-parleur, Rachel  lutte pendant deux heures avec les autres volontaires pour tenter d’empêcher l’avancée d’un bulldozer. « Rachel a tenu tête au bulldozer seule parce qu’elle connaissait cette famille et parce qu’elle pensait que son action était juste. S’approchant de plus en plus de Rachel, le bulldozer a commencé à pousser la terre sous ses pieds. A quatre pattes, elle essayait de rester au sommet de la pile qui ne cessait de monter. A un moment elle s’est retrouvée assez haut, presque sur la pelle. Suffisamment près pour que le conducteur puisse la regarder  dans les yeux. Puis elle a commencé à s’enfoncer, avalée dans la terre sous la pelle du bulldozer.

Le bulldozer n’a pas ralenti, ne s’est pas arrêté. Il a continué à avancer, pelle au niveau du sol, jusqu’à lui passer sur tout le corps.

Alors il s’est mis en marche arrière, la pelle toujours au sol, et lui est repassé dessus », poursuit Dreg Sha. « Rachel gisait sur le sol, tordue de douleur et à moitié enterrée. Sa lèvre supérieure déchirée saignait abondamment. Elle ne put que dire « je me suis cassé le dos ». Après ça elle n’arriva plus à dire  son nom ni même à parler. (…) Mais on pouvait voir son état se détériorer rapidement. Des signes indiquant une hémorragie interne à la tête apparurent bientôt. Après environ un quart d’heure des brancardiers sont arrivés et l’ont emmenée à l’hôpital », raconte Dreg Sha. Rachel est morte des suites de ses blessures à l’hôpital. »

« When killing is easy » : dans ce documentaire sur Rachel Corrie, la BBC soutient la version selon laquelle le conducteur a délibérément tué la militante américaine.

L’armée israélienne donne une autre version

Quatre autres volontaires, présents sur les lieux, ont confirmé cette version des faits au journal en ligne Electronic Intifada le 19 mars 2003. Des photos qu’ils ont pris ce jour là, diffusées également par le site, semblent confirmer leur version. Pourtant, cette thèse a toujours été contestée par l’armée israélienne. Selon son porte-parole, le conducteur de l’engin ne l’aurait pas vue, car elle était dans un angle mort. Aux termes de son enquête, l’armée israélienne a conclu que Rachel Corrie a été tuée « alors qu’elle perturbait les opérations menées sur le terrain par des bulldozers »militaires.

« Corrie n’a pas été tuée parce que le bulldozer l’a écrasée ou du fait de l’action de cet engin, mais parce que des amas de terre et des matériaux de construction poussés par le bulldozer l’ont ensevelie »,

avait affirmé le rapport d’enquête de l’armée.

L’armée a aussi accusé Rachel Corrie et les autres militants d’ISM d’avoir contribué à cette mort« par leur comportement illégal et irresponsable ». Le procureur général militaire a fermé le dossier dès 2003 et aucune mesure disciplinaire n’a  été prise. Contestant cette décision, la famille avait déposé, en mars 2010, une plainte au civil contre l’Etat d’Israël et le ministère de la défense. Au cours du procès, un officier israélien présent le 16 mars 2003 a pour la première fois témoigné en public de l' »accident ». L’officier a indiqué que les militants avaient été sommés de quitter les lieux, notamment avec des gaz lacrymogènes et que l’armée s’est déplacée à de multiples reprises. « A mon grand regret, après la huitième fois, Corrie s’est cachée derrière un talus. Le conducteur du D9 ne l’a pas vue. Elle a pensé qu’il l’avait vue », a-t-il dit au tribunal, confirmant le témoignage du conducteur. Le juge Oded Gershon, du tribunal du district de Haïfa, a donné raison à l’armée, en rejetant le 28 août 2012, la plainte de Craig et Cindy Corrie. Ces derniers ont décidé de faire  appel.

Rachel, Paix à ton Âme… Et une pensée pour sa famille.

Un film intitulé  « RACHEL »  réalisé par  la cinéaste Simone Button retrace bien la vie et la mort de Rachel.

Et comme chaque année, des rassemblements sont menés en mémoire de Rachel, à Gaza et ailleurs ….

 

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