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Laissez-nous vendre nos médocs !

Tout commence par un spot publicitaire. Une jeune femme rentre chez elle et, annonce à son mari que non, elle n’a pu acheter les médicaments. Non, parce que le « docteur en pharmacie » de la grande surface ( qui propose des prix du même nom que l’enseigne ) n’avait pas le droit d’en vendre, et ce, malgré ses six années d’études et sa grande compétence, proportionnelle, vous remarquerez, à la blancheur de sa blouse. Le couple se retrouve ainsi très embêté, et la pub de conclure « On marche sur la tête ! », le slogan sera répété à trois reprises, une vieille technique au cas où l’on aurait mal compris. Et voilà, comment l’industrie pharmaceutique introduit insidieusement dans la tête de ces chers téléspectateurs ( réceptifs ? ) la nécessité de vulgariser la vente de médicaments, pour vous rendre la vie plus facile et accessoirement plus saine, qu’allez-vous imaginer ?

Nouvelles méthodes

La pub comme alliée pour pallier la défiance générale de ces dernières années ( mais pas que ! ). C’est révélateur quoiqu’on en dise, l’association ( un acoquinement de plus ) santé/publicité est édifiant quant aux desseins des dirigeants de laboratoires, le médicament est désormais un produit de consommation comme un autre voire plus, à en juger les nombreuses annonces publicitaires ; et pour ceux qui voudraient s’y opposer, le message est clair « ils marchent sur la tête », non mais ! Toutefois, nous n’avons pas à faire à des idiots irresponsables et suite aux nombreux scandales, aux malades ( encore plus malades ), aux morts conséquents, mais surtout face à la crise financière qui touche ( légèrement ) le secteur, le puissant lobby pharmaceutique tente par de nouvelles méthodes de garder la main-mise sur ses précieux consommateurs. Ces derniers sont légions, particulièrement dans les pays développés qui concentrent l’essentiel de l’activité. On ne parlera donc pas, ici, des maladies tropicales (paludisme, tuberculose, pneumonies, diarrhées infectieuses), qui pourtant tuent chaque année 12 millions de personnes principalement des enfants, mais qui ne sont pas rentables comme les maladies chroniques des vieux pays riches. D’ailleurs, sur les 1300 médicaments proposés ces 25 dernières années, 13 ( ! ) concernent les maladies récurrentes des pays en voie de développement. D’utilité publique au service de l’être humain qu’ils disaient.

Des chiffres, des chiffres !

« Les nombres gouvernent le monde » affirmait un certain Pythagore. Tentons de bien comprendre les données suivantes ; en chiffre, et pour le cas de la France seulement, l’industrie pharmaceutique réalise près de 50 milliards d’euros de chiffre d’affaires annuel, elle emploie plus de 110 000 salariés et quelque 150 nouveaux médicaments arrivent sur le marché chaque année. Il s’agit là de gros sous donc, mais aussi d’emplois ( gare au chômage ) et enfin de nouveautés ( ici, on doit comprendre « progrès » ).

Attention, ça se corse, on sait que plus de 90% des 3 milliards de boîtes consommées chaque année ( 50 par habitant en moyenne, un record mondial ) sont remboursables ( Vive la France ! ). Les médicaments coûtent ainsi plus de 17 milliards d’euros par an à la Sécurité sociale. Les trois quarts sont remboursés à plus de 65%, et ce chiffre ne fait qu’augmenter. A ce stade, on voudrait nous faire croire, « trou de la sécu » et « fraudes intempestives » obligent, que nous sommes responsables de ces dépenses faramineuses. A cause de nous, ou du système de santé qu’on aimerait bien nous retirer, l’Etat s’endette pour nous soigner. Vraiment trop bon, l’ami.

Mais, et c’est là que le bât blesse, on apprend que sur les 2090 produits mis sur le marché au cours des 20 dernières années, seuls 7 constituaient un progrès thérapeutique « majeur ». Les autres n’ayant pas les effets tant vantés par les boîtes de pub les études de ces mêmes laboratoires ( vive l’objectivité ) et n’aideraient finalement pas vraiment ces pauvres malades ( imaginaires ? ) à recouvrir la santé. Ne cherchez plus les causes du terrible « trou de la Sécurité sociale » en ne remboursant pas ces médicaments inutiles, la France pourrait économiser la bagatelle de 15 milliards d’euros !

Que doit-on en conclure ? L’Etat, complice des laboratoires pharmaceutiques les paierait-il, lui même, en remboursant des médicaments que les Français n’achèteraient autrement pas, encourageant ainsi cette consommation effrénée quitte à battre des records en la matière ? Pire, pourrait-il nuire (in)volontairement à la santé des citoyens ? Parce que oui, on peut mourir de vouloir guérir…

Le médicament nuit gravement à la santé

et peut être même envie de te pendre

et peut être même envie de te pendre

Sans nier les progrès spectaculaires observés en matière de médecine et de santé, particulièrement lors de ces deux derniers siècles, force est de constater que comme toute chose, une fois les sommets atteints, l’obsolescence et la décadence ne tardent pas à pointer leur nez. Ainsi, selon le professeur Philipe Even, la moitié des médicaments sont inutiles, 20% présentent des risques et 5% sont même « potentiellement très dangereux ».

Il s’attarde sur un dossier qui fait désormais couler beaucoup d’encre : la pilule contraceptive « Il y a, aujourd’hui pour les femmes des pilules dites de deuxième génération. Elles sont remarquablement efficaces et n’ont pratiquement aucun risque. Mais sont apparues ensuite des pilules de troisième et même de quatrième génération : elles sont toujours aussi efficaces, mais avec trois à quatre fois plus de complications sérieuses. Or elles sont sur le marché », rappelle-t-il. « Pour une fois, l’Etat a bien fait : il n’a pas remboursé celles qui comportent un danger. Mais il devrait même aller plus loin : ces pilules devraient ne jamais avoir été inscrites sur le marché », ajoute-t-il. Et pour cause, au moment où le professeur parle, le scandale Diane 35 n’a pas encore éclaté, on sait maintenant à quel point, ces pilules se sont avérés dangereuses !

D’autres traitements provoquent stupeur et tremblements dans le monde de la santé, celui du diabète, par exemple : « C’est une des situations les plus scandaleuses », prévient Philipe Even.

« Le diabète se traite avec deux médicaments formidables qui marchent parfaitement. Malheureusement, ils ont été mis sur le marché avant 1960, ils ne rapportent donc plus rien à l’industrie [pharmaceutique]. Donc, dans le monde entier, elle a fait des efforts formidables, a sorti douze molécules nouvelles. Or ces molécules sont beaucoup, beaucoup moins efficaces. Beaucoup plus chères, selon la molécule, entre 20 et 60 fois plus. Et, enfin, elles comportent des risques d’accident potentiellement très graves : pancréatique, hépatique ».

 L’Agence du médicament, qui supervise les recherches sur ces molécules a beau avoir été rebaptisée suite au scandale du Médiator, rien n’y fait : le système de contrôle des molécules mises sur le marché reste tout aussi opaque. Un pharmacologue de renom et ancien membre de l’Agence, a d’ailleurs révélé : « Le travail de l’agence est une comédie, tout est décidé en amont ! ». Mais ça on l’aura bien compris.

EFFETS~1

 

 « Dominer la santé, c’est déjà d’une certaine façon dominer le monde : Le médicament est une arme politique »

Sources :

« Médicaments : l’illusion de l’innovation » publié dans Que Choisir en 2004, Le guide des médicaments, des professeurs Even et Debré, L’avenir menaçant de l’industrie pharmaceutique de Philippe Pignarre. La revue Prescriresite indépendant ( fait particulièrement rare dans ce domaine pour être souligné ).

 

 

 

 

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