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Entretien avec le frère Mohamed Najar détenu dans une prison Israélienne

 

 

Aujourd’hui je vous propose un entretien avec notre frère Mohamed qui a été arrêté et détenu par Israel l’été dernier.
Le délit commis par Mohamed ? Vouloir se rendre en Palestine, avec des centaines de personnes venant de pays différents, afin d’être auprès du peuple Palestinien et dénoncer l’embargo israélien sur TOUTE la Palestine.
Rappelons que pour se rendre en Palestine (Cisjordanie) par avion il faut passer par Tel-Aviv.
Mohamed, tout comme moi, participait à la mission « Bienvenue Palestine » du 8 au 16 juillet 2011, il fait partie de la  centaine de personnes qui ont réussi à arriver à Tel-Aviv mais qui n’ont pas eu l’accueil souhaité…

 

– As Salamu ‘Aleykoum Mohamed, présentez-vous à nos lecteurs pour commencer:

Salamu Aleykoum, j’ai 34 ans et je suis éducateur spécialisé. Je ne suis pas ce que l’on pourrait appeler un militant. Cependant, comme beaucoup de gens, et au-delà même de notre communauté, je suis sensibilisé à la cause palestinienne. Ce voyage était pour moi, une manière de leur témoigner par ma présence, mon soutien. Comme nous avons été invités par une association culturelle, il était intéressant pour moi, en tant qu’éducateur, de voir ce qu’il se faisait là-bas dans le but de mettre en place une passerelle entre la Belgique et la Palestine occupée. Un des objectifs de la mission était de dénoncer pacifiquement le blocus officieux de la Cisjordanie que nient les israéliens. Ce qu’il s’est passé à confirmé ce que nous souhaitions dénoncer.

 

– Des centaines de participants à cette mission, dont moi-même, ont été bloqués dès notre arrivée à l’aéroport de départ car nos noms figuraient sur une liste noire qu’Israël avait communiquée aux compagnies aériennes la veille du départ. Et certains d’entre nous l’ont appris avant le départ. En avez-vous eu connaissance en Belgique et êtes-vous resté confiant sur la réussite de cette mission ?

Nous savions que le premier ministre raciste Néthanyaou ne voulait pas que l’on vienne et il avait dit qu’il ferait le nécessaire pour cela. Cela dit, nous ne savions pas que les compagnies aériennes allaient collaborer à ce point avec un pays condamné à de multiples reprises par le droit international pour violation des droits de l’homme. Mais c’est en arrivant là-bas que nous avons eu conscience de l’ampleur de la collaboration des compagnies aériennes, et de la France en particulier. Malgré tout notre objectif était d’aller pacifiquement en Cisjordanie, de faire le nécessaire pour cela et surtout de ne pas céder aux pressions et aux menaces israéliennes et européennes. Et comme nous n’avions rien à nous reprocher, il n’était pas question de renoncer.

 

– Alors racontez-nous ce 8 juillet à l’aéroport de Zaventem. Ambiance, tensions, forces de l’ordre ?

A Zaventem, la compagnie Swissair a refusé d’embarquer deux lillois qui étaient en ordre (papiers et billets). Certains d’entre nous, ainsi que les deux lillois, ont exprimé de façon claire et à haute voix leur mécontentement (ce qu’on peut voir dans certaines vidéos) quant à cette décision qui violait leurs droits les plus élémentaires, entre autres, celui de circuler librement. Les agents de police étaient présents en nombre mais ils sont restés en retrait. Ce qui nous a surpris c’est la présence d’agents israéliens en civil dans l’aéroport. Nous ne savions pas que la Belgique était le prolongement d’Israël en Europe ! A part ces deux français, tout le reste du groupe a eu la chance d’embarquer.

 

– Tout comme pour nous à Roissy, y avait-il des enfants avec vous?

Oui, il y avait plusieurs jeunes mineurs qui ont voyagé avec nous et j’en profite pour saluer leur courage exemplaire.

 

– Arrivé à l’aéroport de Tel-Aviv, quelle a été votre première impression et que c’est t-il passé?

Pour ma part, nous étions deux personnes de la mission sur le vol d’Austrian Airlines, donc nous sommes passés un peu inaperçu jusqu’au guichet de présentation des passeports. Nous étions assez surpris, mais lorsque nous sommes arrivés au guichet, deux personnes nous ont interpellé, questionné brièvement et emmené dans une pièce où d’autres personnes de la mission, arrivées plus tôt, attendaient déjà. Ensuite, nous sommes passés d’une pièce à une autre, d’un étage à un autre avec d’autres personnes de la mission pour y être interrogés, réinterrogés, fouillés et refouillés. Une personne du groupe a été obligée de se dévêtir complètement avec, en prime, les sourires sur les visages des occupants israéliens.

 

– Comment se sont passées les premières heures entre les mains des Israéliens ?

Les premières heures ont été très déstabilisantes puisque nous ne savions pas ce que les autorités israéliennes voulaient faire de nous. Un agent nous a dit que nous allions être interrogés puis libérés pour aller à Bethléem, un autre nous a dit que nous allions être rapatriés, puis enfin le dernier nous a dit que nous allions en prison. C’était la confusion la plus totale, il n’y avait aucune organisation. A plusieurs reprises, ils s’engueulaient entre eux … De plus, nous n’avions pas la possibilité de téléphoner à nos proches pour les mettre au courant de la situation.

 

– Y a-t-il eu des moments de panique ?

Oui, il y a eu plusieurs moments de panique. Ils nous ont passé à tabac à plusieurs reprises, Fatiha (une fille de Toulouse), Fadwa (de Liège) et moi-même. La première fois, ce fut au moment où ils ont voulu nous expulser. Nous étions un groupe de plus ou moins 5 personnes. Quand nous nous sommes approchés de l’avion et que nous avions compris qu’ils voulaient nous expulser (ce qu’ils ne nous avaient pas dit), j’ai décidé à ce moment-là de ne plus avancer et de refuser de monter dans l’avion. A ce moment-là, ils ont commencé à s’énerver et ils ont essayé, à plusieurs, de me pousser et comme ils n’y arrivaient pas, ils ont appelé d’autres agents qui ont fini par me mettre à terre, me faire des « clefs de bras » et me porter des coups dans le dos et des coups de poings à la tête.
Le deuxième moment de panique s’est déroulé dans une grande salle de l’aéroport où ils ont frappé une fille (Fatiha) avec des coups de poings et  des coups de pieds, c’était assez violent. A ce moment-là, Ibrahim (un parisien) m’a fait signe de venir porter secours à cette fille mais très vite, il s’est retrouvé encerclé par plusieurs agents. J’en ai profité pour m’interposer entre Fatiha et les agents et c’est là que plusieurs d’entre eux m’ont pris à parti, m’ont roué de coups de pieds, coups de poings, en bref un remake de la première scène. Ça a été des moments très tendus. S’en est suivi après de nombreuses menaces et intimidations de la part de ces mêmes agents.

 

– Parlez-nous du transport vers la prison ?

Nous avons été séparés en plusieurs groupes, d’une dizaine de personnes. Certains ont eu des « fourgons » très très exigus, entravés aux pieds et aux mains sous une chaleur de plomb pendant plusieurs heures sans avoir la possibilité de boire de l’eau et sans air conditionné. Alors qu’elle se dirigeait vers le fourgon, Fadwa a reçu de nombreux coups de pieds au niveau des cuisses par des agents sionistes qui se trouvaient derrière elle. Elle nous a expliqué qu’ils faisaient des paris entre eux pour savoir qui allait la frapper. Les agents israéliens ont ainsi honoré leur réputation de lâches et d’islamophobes  (Fadwa porte un Hijab ample) envers des personnes plus faibles.

 

– Que pouvez-vous nous dire des conditions de détention et des traitements que vous avez subi ?

Durant notre détention, nos droits les plus élémentaires n’ont pas été respectés. Impossible de donner un coup de fil à nos proches pour les rassurer, impossible de voir un avocat, impossible de connaître et d’avoir par écrit les raisons de notre incarcération, impossible pour certains de prendre leurs médicaments.
Pour ces raisons, nous avons décidé de faire une grève de la faim. Puis, ils ont commencé à entrer dans un jeu de chantage cynique, un coup de fil contre l’arrêt de la grève de la faim, etc.. Nous n’avons eu ce que nous demandions (sauf le téléphone et un écrit sur les raisons de notre emprisonnement) qu’à la fin de notre détention quand il était déjà trop tard. A chaque protestation de notre part, ils coupaient les ventilateurs des cellules ce qui rendait les conditions de vie très difficiles (40 degrés). Certaines personnes ont craqué et ont dû rentrer d’urgence. D’après l’aveu même du responsable, nous étions dans une zone où le droit ne s’applique pas. Ils faisaient donc ce qu’ils voulaient.

 

– Etiez-vous nombreux ensemble ?

Nous étions plus de 120 personnes en tout, réparties dans deux prisons. Une partie du groupe se trouvait dans la prison de Givon, à une vingtaine de kilomètres de Tel Aviv, tandis qu’une autre se trouvait dans la prison de Beersheva, dans le désert. Pour ma part, j’étais dans la prison de Givon. Certains étaient 6 par cellules, nous étions dix dans la nôtre. Nous communiquions entre nous par la grille de la porte afin de s’encourager et de se mettre d’accord sur ce que nous allions faire.

 

– Certains détenus français m’ont rapporté que les maghrébins et musulmans, avaient été séparés des détenus occidentaux, qu’en était t- il ?

Personnellement, je ne l’ai pas vécu. Cela dit, ils ont bien essayé de nous diviser à plusieurs reprises. Ils ont voulu séparer les personnes âgées des jeunes pour que l’on corresponde mieux à l’image de « hooligans » qu’ils avaient donnée de nous dans les médias. Mais les plus âgés ont refusé par solidarité. Ils ont également proposé à certaines femmes d’être libérées pour également arriver à nous diviser, mais toutes leurs tentatives ont échoué.

 

– Malgré l’épreuve difficile que ce fut certains des détenus m’ont raconté des moments vécus, très intenses, sur le plan religieux, fraternel, solidaire. Pouvez-vous nous faire partager votre ressenti ?

Effectivement, grâce à Dieu, j’ai rencontré des personnes de grandes qualités telles que Aziz (du groupe Le Silence des Mosquées), Ibrahim Kaouch de Paris, Salim de Paris également, Tariq, Mike Napier (Angleterre), David Dupire, Khalid Bahraoui (Hollande), Ibrahim, etc. La solidarité a été très forte entre nous, nous avons ainsi pu nous soutenir mutuellement et cette épreuve est devenue beaucoup plus facile grâce à Dieu et à leur soutien. Je suis heureux d’avoir partagé ces moments avec eux et si c’était à refaire, je le referai.

 

– Les détenus français ont le sentiment d’avoir été délaissés par l’Ambassade de France, qu’en est-il du côté des ressortissants Belges ?

En fait, je suis né et j’ai vécu toute ma vie en Belgique mais, de par mon histoire familiale, je suis de nationalité française. J’ai donc dû m’adresser à l’ambassade de France et, plus particulièrement, à la Consule de France, Madame Collette Le Baron qui a été, comme je l’ai écrit dans une lettre ouverte adressée à Monsieur Alain Juppé, continuellement sur la défensive et prenant ouvertement parti en faveur des agents israéliens., sans même nous avoir entendu au préalable.
Quant à la Belgique, on se souviendra de Monsieur Leterme, alors premier ministre, allé  en Israël pour s’agenouiller devant le premier ministre raciste Netanyahou. L’ambassade de Belgique a fait ce qu’elle a pu mais face à l’impunité d’Israël, il est difficile de faire grand-chose.

 

– Pensez-vous comme certains avoir été instrumentalisé ?

Quoiqu’il arrive, on sera toujours instrumentalisé, surtout par les sionistes. Le sionisme qui, au passage, est une idéologie politique raciste. Certains nous traitent de hooligans, d’autres de semeurs de trouble, bref, tout cela est ridicule et ils le savent très bien mais c’est la guerre des mots et des images qui prime dans nos sociétés. Nous sommes juste attristés de voir tant d’impunité de la part d’Israël tout en sachant que tous leurs agissements sont connus (tortures, assassinats, etc.).

 

– Concernant la plainte que vous avez déposé avec la sœur Hajar détenue elle aussi, que pouvez-vous nous     dire ?

En fait, l’action ne se termine pas avec notre retour. La plainte n’est que la continuité logique de l’action. Il faut donc aller jusqu’au bout de la démarche. Ensuite, porter plainte est une question de principe.
Personne ne devrait être au-dessus des lois et, tôt ou tard, la justice les rattrapera, si ce n’est pas ici, ce sera dans l’au-delà. Pour l’instant, Hajar et moi avons porté plainte mais d’autres plaintes arriveront Incha’Allah et nous ne lâcherons rien. J’aimerais rajouter à ceux qui pensent que cela ne sert à rien de porter plainte alors qu’il y a des palestiniens qui se font tuer tous les jours qu’il est vrai qu’Israël n’arrête pas de commettre des meurtres, d’enfants, de femmes et d’hommes mais il est de notre responsabilité de faire ce que l’on peut même si ça n’a pas l’air d’être grand-chose. Le plus important est de faire quelque chose, chacun à son niveau. Pour l’instant, ils sont intouchables mais dans 10 ans, 20 ans ou plus ils n’auront plus la protection qu’ils ont aujourd’hui, c’est un combat sur le long terme.

Pour finir j’aimerais remercier toutes les personnes qui se sont mobilisées, ici, en Belgique pour nous faire libérer (Farida Arraass, Yasmina, Nordine Saïdi, etc.)

 

Merci à vous Mohamed, Jazzak Allahu Kheir.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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